ACTUS SPORTS


Par le Dr Pierre Attali – (Hôpitaux universitaires de Strasbourg – Strasbourg) – [Déclaration de liens d’intérêts]
Date de publication : 11 septembre 2025
https://www.mediscoop.net/village-sport-et-sante/index.php?pageID=47bff062d0ed1a0589075e82f934e62e&from=newsletter&id_categorie=4082&midn=22386&nuid=253e773cc6cd206d613674546717e711
Article commenté : Physiology and Pathophysiology of Marathon Running: A narrative Review – L Braschler, PT Nikolaidis, M Thuany et al. – Sports Med Open. 2025; 11(1):10.
Retrouvez l’abstract en ligne
Le marathon, discipline reine de l’endurance, induit des adaptations cardiovasculaires (CV), métaboliques et psychologiques bénéfiques, mais expose aussi à des déséquilibres aigus et à des complications rares.
Cette revue narrative synthétise les effets positifs et les risques, organe par organe, pour éclairer sportifs et soignants.
Le marathon, par son exigence physiologique extrême, agit sur presque tous les systèmes de l’organisme. L’entraînement régulier améliore le profil CV, réduit la mortalité toutes causes, optimise la fonction pulmonaire et participe à la prévention de maladies chroniques comme les coronaropathies, certains cancers, l’ostéoporose ou l’insuffisance rénale chronique.
Il stimule l’hématopoïèse, le métabolisme musculaire, la fonction immunitaire et la santé mentale.
Sur le plan cardiaque
L’entraînement prolongé favorise un remodelage physiologique globalement protecteur :
• Cœur d’athlète : dilatation harmonieuse des ventricules gauche et droit, augmentation de la masse myocardique et amélioration de la fonction diastolique, permettant un débit cardiaque plus élevé à l’effort.
• Profil de risque réduit : baisse de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque de repos, diminution du LDL et des triglycérides, augmentation du HDL, meilleure tolérance à l’ischémie myocardique.
• Adaptation du système nerveux autonome : prédominance vagale et réduction du tonus sympathique, avec une bradycardie sinusale fréquente chez les athlètes entraînés.
• Effets sur l’électrophysiologie : diminution de la variabilité du QT avec l’âge, possiblement protectrice.
Mais la course de 42 km soumet le cœur à un stress aigu pouvant induire des effets transitoires ou, chez certains profils, plus durables :
• Biomarqueurs cardiaques : élévation post-course de troponines, CK-MB et NT-proBNP, corrélée à la durée de l’effort et au niveau d’entraînement, se normalisant en 72 h dans la majorité des cas.
• Dysfonction ventriculaire droite : dilatation modérée et altération transitoire de la fonction diastolique et systolique du VD, parfois associées à une élévation des pressions pulmonaires et à un élargissement de l’oreillette droite.
• Inflammation et lien avec la fonction cardiaque : corrélations observées entre l’élévation de cytokines pro-inflammatoires (TNFα, IL12p70) et l’importance de la dysfonction du VD.
• Fibrose myocardique : chez les vétérans fortement entraînés, présence de zones de fibrose (IRM) dans jusqu’à 50 % des cas, associées à une augmentation des extrasystoles ventriculaires, couplets et triplets.
• Risque rythmique : incidence accrue de fibrillation atriale isolée, surtout chez les hommes avec de forts volumes d’entraînement cumulés ; rôle probable de l’augmentation chronique du volume de l’oreillette gauche et de la conduction atriale altérée.
– Événements graves : la mort subite cardiaque reste rare (≈ 1/100 000 coureurs), plus fréquente chez l’homme, le plus souvent liée à une cardiopathie structurelle non diagnostiquée.
Au-delà du cœur, la course peut entraîner une baisse passagère de la fonction pulmonaire, une souffrance rénale aiguë modérée, des désordres électrolytiques, des troubles gastro-intestinaux, des lésions musculosquelettiques et une immunosuppression transitoire.
Les modifications hormonales observées incluent une hausse du cortisol et une baisse de la testostérone immédiatement après la course.
La majorité de ces perturbations se résorbe en moins de 1 semaine. Les événements graves – mort subite, coup de chaleur, insuffisance hépatique aiguë – restent rares mais existent.
Conclusions et perspectives :
Globalement, le marathon est sûr et ses bénéfices l’emportent sur les risques, à condition de respecter un entraînement progressif, une surveillance médicale adaptée et une gestion attentive de l’effort.
Les auteurs soulignent le besoin d’études à grande échelle pour mieux comprendre les effets à long terme, notamment sur les systèmes CV et rénal.
Ces données pourront guider des recommandations personnalisées, optimisant la performance tout en minimisant les complications.
Cette revue se distingue par sa portée large, abordant de manière intégrée les effets du marathon sur tous les systèmes d’organes, et par une base bibliographique riche et récente, utile aux cliniciens comme aux entraîneurs.
Elle synthétise clairement bénéfices et risques, en mettant en lumière les effets transitoires et les complications rares.
Toutefois, son caractère narratif, l’hétérogénéité des populations et des épreuves incluses, ainsi que l’absence d’analyse quantitative limitent la solidité des conclusions.
Les données à long terme, notamment sur le remodelage cardiaque et la fonction rénale, restent insuffisantes.
Au final, elle constitue un outil de sensibilisation et d’orientation.
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