Recommandation – Cholestérol et santé cardiovasculaire
Kimberly Drake – 08 avril 2026
Cholestérol élevé : danger réel ou idée reçue ?
Être informé que l’on présente un cholestérol élevé peut ressembler à un verdict : commencer un traitement par statines ou risquer un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.
Des études récentes suggèrent toutefois que l’hypercholestérolémie n’est pas aussi systématiquement nocive qu’on l’a longtemps pensé.
Pourtant, le message a fortement basculé dans l’autre sens sur les réseaux sociaux, où circulent des affirmations allant de « le cholestérol élevé pourrait vous sauver la vie » à « le cholestérol élevé est le secret pour vivre au-delà de 100 ans ».
Alors, le cholestérol élevé est-il réellement « bon » ou « mauvais » ?
La réalité est plus nuancée que ne le suggèrent ces positions extrêmes.
La question la plus pertinente n’est peut-être pas de savoir si un cholestérol élevé est nocif, mais plutôt à quel moment — et chez qui — il devient un facteur de risque.
Le « paradoxe lipidique »
Certains influenceurs santé sur les réseaux sociaux ont inversé la perception du cholestérol, le présentant comme un facteur de longévité plutôt que comme un paramètre à réduire par un traitement intensif.
Une grande partie de ces discussions en ligne s’appuie sur des travaux scientifiques réels.
Une étude suédoise publiée en 2023 a suivi des participants âgés pendant 35 ans et a montré que ceux présentant un cholestérol total plus élevé avaient davantage de chances d’atteindre 100 ans.
Dans une autre étude publiée en 2025, les chercheurs ont observé que les adultes âgés de 90 ans ou plus ayant un LDL-C — le « mauvais » cholestérol — supérieur à 3,36 mmol/L (130 mg/dL) vivaient plus longtemps que ceux dont les taux étaient inférieurs à ce seuil, alors même que l’American Heart Association considère qu’un taux optimal de LDL-C se situe à 2,6 mmol/L (100 mg/dL) ou moins.
Cependant, une étude publiée en 2023, ayant analysé les données de plus de 4 millions d’anciens combattants âgés de 18 ans ou plus, apporte une mise en garde essentielle.
Les taux plus élevés de mortalité par maladie coronarienne observés chez les participants âgés ayant un faible cholestérol semblent refléter ce que les chercheurs appellent une « causalité inverse » : une situation dans laquelle les données donnent l’impression que A cause B, alors qu’en réalité, c’est B qui cause A.
Autrement dit, une maladie grave sous-jacente peut faire baisser le cholestérol, et non l’inverse.
Les chercheurs désignent ce phénomène sous le nom de « paradoxe lipidique » : une observation contre-intuitive selon laquelle de faibles taux de LDL-C et de cholestérol total sont associés à des résultats de santé moins favorables dans certaines études.
« Ma préoccupation concernant l’hypothèse actuelle du “paradoxe lipidique” est que l’on sait également que des niveaux très bas de cholestérol chez les personnes âgées (en particulier après 80 ans) sont le plus souvent un marqueur de maladies chroniques sous-jacentes comme le cancer », a déclaré le docteur Marschall Runge, cardiologue et ancien vice-président exécutif des affaires médicales à l’université du Michigan, au journa Epoch Times.
« Les études rapportées en faveur du “paradoxe lipidique” n’ont pas pris en compte ces variables. »
« En résumé, un faible taux de cholestérol reflète souvent une maladie sous-jacente, une fragilité, une dénutrition ou une pathologie chronique qui augmentent indépendamment le risque de mortalité », a expliqué le docteur Eddie Hackler, cardiologue au journal Epoch Times.
Autrement dit, chez les personnes âgées, un cholestérol plus élevé peut simplement indiquer une absence de maladie ou un bon état nutritionnel, des facteurs qui réduisent indépendamment le risque de décès.
Cela pourrait expliquer l’association observée entre cholestérol élevé et longévité dans certaines études.
Néanmoins, aucune donnée ne permet de remettre en cause le fait qu’un cholestérol élevé augmente le risque de maladie cardiovasculaire dans la population générale, souligne le docteur Marschall Runge.
« Pour la grande majorité des adultes — jeunes et d’âge moyen — un taux élevé de LDL reste un moteur majeur de l’athérosclérose, et sa réduction sauve des vies. »
Remise en question du discours sur le cholestérol
Le débat autour du cholestérol ne relève pas uniquement de la science : l’histoire joue également un rôle.
Le cholestérol est devenu un « ennemi » alimentaire en 1953, lorsque le physiologiste Ancel Keys a formulé l’hypothèse lipidique : l’idée selon laquelle une consommation élevée de graisses totales, de graisses saturées et de cholestérol alimentaire favorise l’athérosclérose, c’est-à-dire le durcissement des artères.
Il soutenait que la réduction des graisses et du cholestérol, ainsi que le remplacement des graisses saturées d’origine animale par des graisses polyinsaturées issues d’huiles végétales et de poissons gras, permettaient de diminuer le cholestérol et le risque cardiovasculaire.
Cela a conduit, en 1968, à une recommandation de l’American Heart Association préconisant de limiter l’apport alimentaire en cholestérol à moins de 300 milligrammes par jour et de ne pas consommer plus de trois œufs entiers par semaine, les œufs étant une source importante de cholestérol alimentaire.
Cependant, des études ultérieures ont complexifié cette vision.
Si un taux élevé de cholestérol augmente bien le risque de maladie cardiaque, certains essais cliniques ont montré que remplacer les graisses saturées par des graisses polyinsaturées ne réduisait pas la mortalité cardiovasculaire, et pouvait même, dans certains cas, l’augmenter.
Par ailleurs, des travaux ont montré que, pour la majorité des individus, la consommation de cholestérol alimentaire — comme celui contenu dans les œufs — n’augmente pas significativement le cholestérol sanguin ni le risque de maladie cardiovasculaire.
Les interrogations concernant le rôle de l’industrie pharmaceutique dans la lutte contre le cholestérol ont également alimenté le scepticisme.
Les statines, médicaments hypocholestérolémiants, se sont largement diffusées à partir de la fin des années 1990 et constituent aujourd’hui un marché particulièrement lucratif.
Selon un rapport publié en 2022, le marché mondial des statines devrait atteindre 14,2 milliards d’euros d’ici 2027.
Les statines sont généralement prescrites aux personnes présentant un LDL supérieur ou égal à 4,9 mmol/L (190 mg/dL), ou compris entre 1,8 et 4,9 mmol/L (70 à 189 mg/dL) en cas de diabète ou de risque cardiovasculaire élevé.
Elles peuvent toutefois entraîner des effets indésirables, soulevant la question du rapport bénéfice-risque pour tous les patients.
Le rôle du cholestérol dans l’organisme
Malgré sa réputation, le cholestérol n’est pas intrinsèquement nocif : il est indispensable au bon fonctionnement de l’organisme.
Le cholestérol est un constituant structurel de toutes les cellules et contribue à maintenir l’intégrité des membranes cellulaires, selon le docteur Marschall Runge.
Il joue également un rôle essentiel dans le fonctionnement cérébral : « le cerveau contient environ 25 % du cholestérol de l’organisme, indispensable à la formation des synapses et à la transmission des signaux nerveux ».
Le cholestérol est aussi un précurseur de toutes les hormones stéroïdiennes, notamment le cortisol, l’aldostérone, les œstrogènes, la progestérone et la testostérone.
Il participe à la production de vitamine D lors de l’exposition solaire et est nécessaire à la synthèse des acides biliaires par le foie, indispensables à la digestion des graisses et à l’absorption des vitamines liposolubles A, D, E et K.
« Il suffit de dire que les individus présentant des taux très faibles de cholestérol peuvent souffrir de divers troubles invalidants », souligne le docteur Marschall Runge.
Malgré ces bénéfices, des taux élevés de cholestérol peuvent entraîner une accumulation de plaques dans les veines et les artères.
Contrairement à une idée répandue, il ne s’agit pas d’un phénomène comparable à l’obstruction d’un tuyau par de la graisse.
En réalité, un taux élevé de cholestérol stimule l’inflammation des parois artérielles, favorisant la formation de plaques.
Une inflammation préexistante ou des lésions de la paroi artérielle constituent également des facteurs déterminants de cette accumulation.
Les particules de LDL, qui transportent le cholestérol, circulent dans le sang.
Lorsqu’elles sont trop nombreuses, ou lorsque la paroi artérielle est endommagée — par le tabagisme, l’hypertension artérielle ou d’autres facteurs —, elles peuvent pénétrer dans la paroi interne de l’artère et s’y accumuler, explique le docteur Marschall Runge.
Une fois piégées, elles subissent une oxydation, processus chimique déclenchant une réponse immunitaire.
L’organisme identifie alors ces particules oxydées comme des corps étrangers.
Le système immunitaire envoie des macrophages (globules blancs) pour les éliminer.
« Les macrophages se gorgent de cholestérol jusqu’à devenir des “cellules spumeuses” chargées de lipides », précise le docteur Marschall Runge.
« Ces cellules finissent par mourir et s’accumuler, formant une strie lipidique.
Des cellules musculaires lisses migrent ensuite pour recouvrir cette strie, formant une chape fibreuse.
Cet ensemble constitue la plaque. »
Au fur et à mesure que la plaque se développe, elle peut rétrécir l’artère et réduire, voire bloquer, le flux sanguin, entraînant un infarctus ou un accident vasculaire cérébral.
Si la plaque devient instable et se rompt, elle peut provoquer la formation de caillots sanguins obstruant une artère.
Les recherches suggèrent que les statines pourraient réduire le risque cardiovasculaire en diminuant l’inflammation, en plus de leur effet sur la baisse du cholestérol, contribuant ainsi à limiter la formation de plaques.
Qui est le plus à risque ?
Si un taux élevé de cholestérol peut favoriser les maladies cardiovasculaires chez tous les individus, le docteur Marschall Runge souligne que certaines populations doivent être particulièrement vigilantes quant au contrôle de leur cholestérol, notamment du LDL-C et de l’apolipoprotéine B, principale composante protéique des particules athérogènes.
Le risque est plus élevé chez les personnes ayant déjà présenté un infarctus, un accident vasculaire cérébral ou une artériopathie des membres inférieurs.
Il est également accru chez celles atteintes de diabète de type 1 ou de type 2, ou d’hypertension artérielle, ces pathologies pouvant altérer les vaisseaux sanguins et favoriser la formation de plaques.
Par ailleurs, les maladies rénales chroniques peuvent entraîner des anomalies lipidiques spécifiques et augmenter le risque cardiovasculaire.
L’hypercholestérolémie familiale, affection héréditaire caractérisée par des taux extrêmement élevés de LDL en raison de mutations génétiques, constitue un facteur de risque important, bien que plus rare.
Les patients concernés doivent débuter un traitement dès le plus jeune âge, avant l’apparition de lésions artérielles.
Les personnes présentant des taux élevés de lipoprotéine(a), forme génétiquement déterminée du cholestérol, sont également exposées à un risque accru, en particulier en cas d’hypercholestérolémie associée.
Un score de risque cardiovasculaire athéroscléreux élevé à 10 ans constitue un autre indicateur clé, souligne le docteur Eddie Hackler.
Les médecins peuvent estimer ce risque à 10 et 30 ans à l’aide d’outils tels que le calculateur PREVENT de l’American Heart Association.
Les personnes atteintes de maladies auto-immunes présentent un risque accru de maladies cardiovasculaires, risque qui est également accentué par un taux de cholestérol élevé.
Par exemple, les personnes atteintes de lupus ont un risque de maladie cardiovasculaire supérieur de 50 % à celui des personnes non atteintes.
Selon certaines études , cela serait dû à l’inflammation chronique liée à la maladie, à l’accumulation accélérée de plaques dans les artères, aux lésions de la paroi interne des vaisseaux sanguins et à la présence d’anticorps spécifiques qui augmentent le risque de maladies cardiovasculaires et d’accidents vasculaires cérébraux.
Le tabagisme constitue également un facteur aggravant : les substances chimiques présentes dans la fumée de tabac peuvent diminuer le HDL — le « bon » cholestérol — et endommager la paroi interne des vaisseaux sanguins, favorisant l’accumulation de plaques, rappelle le docteur Marschall Runge.
Parce que les risques liés au cholestérol varient fortement d’un individu à l’autre, les recommandations médicales continuent d’évoluer.
Ce qui ne change pas, en revanche, c’est l’importance de surveiller ses taux — qu’ils soient élevés ou anormalement bas — et de s’en servir comme point de départ pour engager un dialogue éclairé sur son mode de vie et sa santé cardiovasculaire.
Kimberly Drake
Kimberly Drake est journaliste spécialisée dans le domaine de la santé et chroniqueuse dans un journal. Elle couvre depuis dix ans des sujets liés à la santé et au bien-être. Ses articles ont été publiés dans Healthline, Medical News Today et d’autres publications en ligne et imprimées. Elle est également vice-présidente du conseil d’administration de deux écoles privées pour élèves autistes.
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