Accueil Course au large Vendée Globe

Arrivé ce mardi 4 février en 20e position, le Roi Jean s’est montré moins bavard que lors de son précédent Vendée Globe.

C’est pourtant un marin en meilleure forme qui s’est présenté devant les journalistes pour la traditionnelle conférence de presse où il en a profité pour interpeller Alain Leboeuf, président de la SAEM Vendée, avec une proposition…

Jean Le Cam boucle son 5e Vendée Globe à 65 ans en 20e position. Le reverra-t-on au départ dans 4 ans ? Le skipper a préféré ne pas répondre à la question.

Jean Le Cam boucle son 5e Vendée Globe à 65 ans en 20e position. Le reverra-t-on au départ dans 4 ans ? Le skipper a préféré ne pas répondre à la question. | JEAN-MARIE LIOT / ALEA

L.C. – Modifié le 04/02/2025 à 15h40

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Vendée Globe. Jean Le Cam : « Je propose une ouverture à 50 bateaux, 30 à foils et 20 à dérives »

Les cachoteries

Je ne cache pas grand-chose. Mais si je le fais, c’est que je ne le dirai pas.

J’ai essayé de partager des moments d’émotion pendant ce tour du monde.

C’est ça aussi, le Vendée Globe : ce n’est pas seulement aller plus vite que l’autre, même si tout est technique aujourd’hui.

Et quand la technique commence à nous prendre la tête, elle occulte le reste, on oublie l’essentiel.

Comme je le dis souvent, les emmerdes, ça vole en escadrille.

Tu crèves en voiture, ta femme t’engueule, et un truc va se rajouter, et ça termine en cata.

Quand une emmerde m’arrivait, j’essayais de me poser pour réfléchir à comment stopper la fuite en avant.

Pour l’histoire : je monte au mât et je me rends compte en haut que j’ai oublié le scotch.

Mais ce que je n’ai pas dit, c’est qu’en haut, j’ai farfouillé pour le trouver, j’ai finalement trouvé une autre solution, et une fois descendu du mât, je me suis rendu compte que je l’avais laissé en haut…

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Sur Violette Dorange et Benjamin Ferré

C’est sûr qu’on va continuer à transmettre et à partager, mais je n’aime pas le mot « transmettre ».

Le partage, c’est dans les deux sens.

Quand tu es un vieux croûton comme moi, la fraîcheur et la façon différente d’aborder les problèmes te font vieillir un peu moins vite.

Avec Benjamin, on est plus sur un partage de philosophie parce que, niveau technique…

Il s’y connaît, mais il vient plutôt au chantier quand il y a des photographes et des caméras (rires).

Un jour, Benjamin m’a appelé pour me prévenir que son vérin de quille était pété, qu’il y avait plein d’huile dans le bateau et que le tuyau était tordu.

En réfléchissant, je rappelle Benjamin en lui disant que peut-être son tuyau était tordu d’origine, et c’était le cas.

La morale de tout ça est d’accepter les choses tordues de temps en temps.

Benjamin Ferré, le protégé de Jean Le Cam, est arrivé en première position des bateaux à dérives. | JEAN-MARIE LIOT / ALEA

Son bateau à dérives

On a eu une descente de l’Atlantique avec un vent moyen à faible, et on allait moins vite que les foilers.

Pour anticiper la question, on a une vraie frontière technologique avec les foilers, qui ont prouvé qu’ils étaient capables d’aller vite dans des conditions musclées et dans le médium.

Ils ont fait la preuve de leur fiabilité. Ils ont complètement explosé le record : plus de 15 jours de moins que le précédent !

Il y a un truc qui se passe. On a le doigt dedans, et maintenant, ça va aller crescendo.

Les bateaux actuels, on a mis des foils sur des coques.

La version d’après sera de mettre des coques sur des foils. Les bateaux que vous voyez là, c’est terminé !

Et on est dans la caricature du pauvre, toujours plus pauvre, et du riche, toujours plus riche.

Dans le futur, ça va être extravagant. Avec 12 nœuds de vent, ils peuvent aller à 20 nœuds.

Dans quatre ou huit ans, on ira avec la même force de vent à 30 nœuds, et un timing pour boucler le Vendée Globe proche de 50 jours.

Cette édition a prouvé qu’il y avait des écarts énormes, liés aux conditions mais pas que.

Le public aussi a fait une catégorie « bateaux à dérives ».

Bravo Benjamin, le grand vainqueur de ce classement ! C’était un peu notre challenge, ce classement.

Il fallait un peu de sel dans notre quotidien. On ne pouvait pas lutter contre les autres bateaux.

Ça a marché un moment, mais ça ne marche plus.

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Jean Le Cam a célébré son arrivée en arrosant son bateau de champagne mais on s’ouvrant une bouteille de vin rouge, plus à son goût. | JEAN-MARIE LIOT / ALEA

Une proposition pour 2028

Je fais une proposition pour dans quatre ans Monsieur Leboeuf : j’invite à ouvrir la course à 50 bateaux – 30 à foils et 20 à dérives.

On rajoute cinq d’un côté, cinq de l’autre. Il faut qu’on trouve des solutions, sinon on ne va pas s’en sortir.

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Forme

J’arrive en meilleure forme qu’après le dernier Vendée Globe, où mon bateau était cassé.

J’ai assez mal vécu la remontée de l’Atlantique parce que j’avais 1 000 milles d’avance au cap Horn, et ça s’est fini en peau de chagrin.

Le Pacifique a finalement été assez tranquille pour nous.

Pour les leaders qui ont dit que c’était facile, c’est un peu normal.

Quand tu peux garder le front chaud, tu as de la mer plate tout le temps, tu peux allumer, aller aussi vite que l’événement. Mais s’il te dépasse, c’est le rouleau compresseur.

Il y a trois jours, on revenait des Açores avec deux ris dans la grand-voile et le J3.

Ce n’était pas très confortable. Par contre, cette nuit, avec la Lune, le bateau qui glisse sur une mer plate, ça réconcilie avec la vie.

Et j’ai conservé ma place face à Giancarlo malgré les bascules de 50 degrés.

Celui qui dit qu’il n’en a jamais eu ras le bol, c’est un menteur, parce que c’est bien aussi quand ça s’arrête.

Vendée Globe Tout commence en Finistère – Armor-Lux Jean Le Cam