Accueil Course au large Vendée Globe
Perte de taille, atrophie musculaire, équilibre perturbé…
Une étude scientifique inédite menée pendant la dernière édition du Vendée Globe révèle les effets physiques et mentaux impressionnants subis par les skippers.
Résultats spectaculaires d’un projet de recherche novateur mené par la navigatrice et bio-ingénieure Bérénice Charrez.
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Le navigateur Sébastien Simon, skipper du bateau imoca Groupe Dubreuil à bord de son bateau au ponton du port des Sables-d’Olonne en octobre 2024. | DAVID ADEMAS / OUEST-France
Voiles et Voiliers – Publié le 18/05/2025 à 16h30
Vendée Globe. « Comme les astronautes » : ce que révèle une étude inédite sur le corps des skippers
Repousser les limites physiques et mentales : c’est ce que font les skippers du Vendée Globe à chaque édition.
Mais sait-on réellement ce que leurs corps endurent lors de ce marathon planétaire en solitaire ?
Jusqu’à récemment, la réponse était non.
C’est précisément ce vide que le projet « IMOCA Human Performance Project » vient combler.
Portée par la bio-ingénieure suisse Bérénice Charrez, cette étude pionnière a suivi 15 des 40 marins de la dernière édition, avant, pendant et après la course.
Des skippers plus petits
Les résultats de l’étude sont pour le moins… stupéfiants.
Parmi les plus étonnants : tous les skippers testés sont revenus au ponton plus petits qu’au départ.
Une perte de taille de un à un centimètre et demi, un phénomène systématique et réversible.
« Ce qui est intéressant, c’est que le phénomène était systématique, mais réversible : la taille est récupérée une fois de retour à terre », souligne Bérénice Charrez.
Elle évoque une possible compression vertébrale liée à la posture confinée dans les cockpits et à la perte de souplesse.
Une découverte qui rappelle étrangement les effets observés chez les astronautes de retour de mission.
Autres conséquences relevées : une atrophie musculaire touchant aussi bien les jambes que les bras, jusqu’à 10 % de perte de circonférence des cuisses, mollets ou biceps.
« Il semble que les marins soient moins actifs qu’on ne le pensait », analyse Charrez.
« Même s’ils passent du temps à manœuvrer, le reste de la journée est largement sédentaire, souvent en position assise. »
Le test d’équilibre postural réalisé à l’arrivée est, lui aussi, sans appel : marcher les yeux fermés en ligne droite devient presque impossible, exactement comme pour les astronautes à leur retour sur Terre.
Pendant toute la course, les navigateurs portaient des montres Garmin enregistrant leurs constantes vitales (fréquence cardiaque, taux d’oxygène, température…).
Des capteurs dans le cockpit mesuraient bruit, humidité et température.
Trois skippers remplissaient aussi quotidiennement un questionnaire psychologique sur leur stress, fatigue, humeur, hydratation et sommeil.
Une batterie de données sans précédent pour ce type d’aventure humaine et sportive.
Fait étonnant : malgré l’extrême exigence du Vendée Globe, les skippers n’ont pas, en moyenne, perdu de poids.
Certains cas isolés affichent jusqu’à 10 % de masse corporelle envolée, mais la majorité a su maintenir un équilibre nutritionnel efficace avec une alimentation adaptée, souvent lyophilisée.

« Même si la plupart de ces résultats étaient anticipés, les skippers qui ont participé à l’étude ont été surpris par l’ampleur des chiffres », raconte Bérénice Charrez. | IMOCA GLOBE SERIES
Il n’y avait pratiquement aucun outil de monitoring ou d’optimisation des performances en place.
Charrez, également navigatrice et triathlète, a eu cette idée après avoir couru la VO65 Sprint Cup de The Ocean Race 2023 avec Viva México : « Il n’y avait pratiquement aucun outil de monitoring ou d’optimisation des performances en place », se souvient-elle.
Avec cette première étude à grande échelle, elle espère mieux préparer les marins à ce type d’épreuve extrême : « Au minimum, cela permettra de sensibiliser le milieu à l’importance de mieux prendre en compte la physiologie humaine dans la préparation à ce type de défi. »
La recherche ne fait que commencer. Les analyses d’urine, de salive et les données environnementales doivent encore livrer tous leurs enseignements.
Objectif : optimiser la récupération post-course, mieux adapter les entraînements et plans alimentaires, et pourquoi pas, faire émerger de nouveaux standards dans la préparation des skippers.
Lire le communiqué complet et découvrir les détails de l’étude : Une étude scientifique au cœur de l’endurance des skippers du Vendée Globe – IMOCA
(Source : IMOCA Globe Series)