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VOS RÉCITS DE CROISIÈRE. Les lecteurs de Voiles et Voiliers racontent leurs navigations.

Aujourd’hui, Nathalie Guihal, sociétaire du SNO et membre de la commission handivalide des Pays de la Loire, raconte comment elle et son mari ont pu adapter leur bateau et leurs navigations pour continuer de profiter des joies sur l’eau, malgré son invalidité.

Une histoire inspirante.

Une fois installée à la barre, c’est l’équipier qui va entrer en action.

Une fois installée à la barre, c’est l’équipier qui va entrer en action. | NATHALIE GUIHAL

Nathalie GUIHAL. Publié le 07/08/2025 à 18h01

TÉMOIGNAGE. Naviguer en cata avec la sclérose en plaques : « Les aménagements PMR sont multiples »

« C’est en 1998 que tout a commencé : en échangeant sur nos expériences véliques respectives, en fin de répétition, les deux choristes que nous étions sont devenus un couple.

Durant nos trois premiers étés, nous avons conjugué randonnée dans les Pyrénées et Hobie Cat 16.

Quand nous avons commencé à envisager de passer à la croisière en habitable, c’est l’esprit multicoque qui nous a guidés.

C’est donc avec un trimaran repliable, un Corsair 24, que nous avons exploré les mouillages de la Bretagne Sud, en duo, puis en trio dès 2003.

Habitués à l’exiguïté (toute relative, puisque même le parc à bébé y trouve sa place, monopolisant tout le carré), nous apprécions cependant de passer au Corsair 28 en 2007 : la boîte à sardines devient boîte à maquereaux.

Baptisé par nous « Triolet » — à juste titre — ce trimaran, toujours repliable, accompagne nos envies dominicales et estivales, tout en passant six mois en hivernage derrière notre maison, sur sa remorque.

Drakkar. | NATHALIE GUIHAL

Le fauteuil roulant, plié et emballé, s’est cantonné à une présence muette dans le cockpit ou le carré.

Tout se passait aux petits oignons, mais un quatrième équipier ne nous avait pas demandé notre avis : la sclérose en plaques.

Malgré les traitements, les poussées ont cédé la place à une avancée sournoise et tout aussi implacable dans le handicap.

De plus en plus cantonnée dans mon rôle de skipper-barreuse, j’ai peu à peu dû renoncer aux escapades à terre.

Le fauteuil roulant, plié et emballé, s’est cantonné à une présence muette dans le cockpit ou le carré, utilisé seulement en cas de force majeure.

Enjamber le surbau et garder mon assise en navigation, lorsque Triolet caracolait sur une mer peu agitée, est devenu de plus en plus risqué.

J’ai alors, la mort dans l’âme, annoncé durant l’été 2015 à mon co-skipper de mari que nous allions devoir aussi renoncer à naviguer.

C’était sans compter sur les rencontres.

En discutant avec Serge et Claude, dont les catamarans avoisinaient notre trimaran lors de nos derniers échouages au fond de la ria de Sauzon, à Belle-Île, nous avons aperçu une lueur d’espoir.

Ils nous ont convaincus de réfléchir à une solution : un catamaran pouvait être aménageable PMR (personnes à mobilité réduite), plus stable, mais aussi source de plaisir à la voile.

« Je vous vois bien l’année prochaine à bord d’un Azuli », conclut Serge.

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Plate-forme barreur en position haute. | NATHALIE GUIHAL

Passerelle de cheminement mise de plain-pied par vérin électrique. | NATHALIE GUIHAL

Plancher motorisé en position haute pour compenser le surbau. | NATHALIE GUIHAL

Un catamaran neuf et véloce de plus de 10 m dépasse notre budget.

Nous voilà donc à prendre contact (Erik Lerouge, architecte des Azuli, Soubise, Freydis, le chantier Tournier Marine, etc.), à glaner des renseignements sur ces engins qui sont bons marcheurs.

Les obstacles sont nombreux. Un catamaran ne se replie pas, il nous faudrait une hauteur sous barrot même dans la nacelle, pour ne pas entraver mes déplacements.

Ce genre d’unité occupe du volume et coûte très cher.

Un catamaran neuf et véloce de plus de 10 m dépasse notre budget.

Les unités sur le marché de l’occasion sont une denrée rare.

En attendant, me voilà, sur les conseils de ma kiné — encore une personne-ressource — à intégrer le groupe Miniji handivoile au club du SNO sur l’Erdre, affluent de la Loire.

Nous continuons d’ailleurs actuellement à nous entraîner, régater, de septembre à mai.

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En miniji, pas besoin d’équipier pour régler les voiles. | D.R.

Début 2016, Triolet est mis en vente.

Nous écumons les petites annonces, sollicitons des avis et conseils tous azimuts.

Jean-Claude, une connaissance de chorale qui s’avère avoir été animateur aux Glénans et expert en catamarans de tout poil, achève de nous convaincre.

Nous avons bien aperçu un Soubise 40, mais cela nous semble un peu « gros » pour nous, et il est en Italie.

Las de ne rien voir d’autre, nous prenons contact avec le vendeur.

Trois mois plus tard, en août 2016, après moult péripéties, voilà ce grand catamaran de 1996 arrivé en Loire-Atlantique !

Avant de penser aux aménagements, il faut déjà remettre à niveau tout ce qui ne va pas.

C’est le début d’une autre aventure. Gérard était électromécanicien, il est bricoleur, patient et tenace.

Il est en retraite ; tout son temps libre (il gère tout à la maison avec sa femme handicapée qui travaille encore) va y passer.

Avant de penser aux aménagements, il faut déjà remettre à niveau tout ce qui ne va pas, et la liste est longue sur cette troisième main dont l’entretien avait été particulièrement négligé au cours des dernières années.

Petit bateau, petit souci ; grand bateau, grands soucis !

Motorisation (deux diesels de 27 chevaux !), gréement dormant, carène, grand-voile, étanchéité (ouvrants, jupes, mèches), électricité, électronique, réservoirs de gasoil… tout y passe.

Retrouvez d’autres témoignages sur la page « Vos récits de croisière »

Intérieur nacelle initial. | NATHALIE GUIHAL

Plancher motorisé en position haute pour compenser le surbau. | NATHALIE GUIHAL

Cheminement d’entrée vu du cockpit. | NATHALIE GUIHAL

Intérieur nacelle de plain-pied grâce à planchers rehaussés. | NATHALIE GUIHAL

Salle d’eau avec caillebotis rehaussés et mains courantes. | NATHALIE GUIHAL

Au fil des années, avec l’évolution de la maladie et du handicap, Gérard a développé des trésors d’astuces.

Nous avons trouvé des solutions, les avons perfectionnées — certaines sont motorisées, vive les panneaux solaires !

Nous voilà en 2025. Je suis en invalidité, mais je passe encore mes étés sur Drakkar (vive la Bretagne pour une malade qui ne supporte pas la chaleur).

Les aménagements PMR sont multiples : une sangle lève-malade pour me monter à bord, des faux planchers horizontaux mobiles grâce à des vérins électriques, un élévateur sous la barre pour que je puisse m’installer au poste de pilotage, nacelle de plain-pied (pente compensée par un plancher à vérin).

Cerise sur le gâteau : il y a même un monte escalier de récupération (désossé pour l’alléger et le rendre moins encombrant) pour descendre dans la coque, elle-même de plain-pied, pour m’éviter les varangues à enjamber.

Assise monte escalier en position haute. | NATHALIE GUIHAL

Mains courantes et marches rajoutées pour faciliter l’accès au lit. | NATHALIE GUIHAL

Difficile de dire jusqu’où nous pourrons aller dans les aménagements, mais chaque année supplémentaire est une année gagnée.

Je souhaite à tous ceux ou celles qui peuvent être confrontés(e)s à des déboires de ce genre de trouver les mêmes ressources que nous.

VOS RÉCITS DE CROISIÈRE. Avec cette nouvelle rubrique, Voiles et Voiliers vous propose de découvrir les témoignages de plaisanciers, expérimentés ou non, qui partagent avec nous leurs petites ou grandes croisières, bonnes ou mauvaises expériences.

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