Accueil Croisière Grande croisière

Europa, un voilier-école de 1911 battant pavillon hollandais était il y a quelques semaines dans les mers du Sud alors qu’il était en direction de l’archipel Tristan da Cunha.

Le chef d’expédition, Jordi Plana Morales, raconte ce voyage dans les Quarantièmes rugissants avec des images saisissantes à l’appui.

L’équipage évite de passer trop de temps sur le pont lorsqu’il n’est pas nécessaire de manœuvrer.

L’équipage évite de passer trop de temps sur le pont lorsqu’il n’est pas nécessaire de manœuvrer. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Jordi Plana Morales/Bark Europa. Modifié le 16/04/2025 à 16h34

Abonnez-vous

TÉMOIGNAGE. « Il encaisse » : Un voilier centenaire pris dans les vagues redoutables des mers du Sud

« Le spectacle naturel offert par un Atlantique Sud bravement déchaîné peut être véritablement impressionnant, et il l’a été aujourd’hui.

Europa prend les vents et la mer par l’arrière, surfant sur les grandes vagues avec sa voilure réduite à une poignée de voiles.

Sur le mât principal, un seul perroquet (voile carrée haute se trouvant au-dessus du hunier) ; sur le mât de misaine, un perroquet et la grand-voile basse.

À l’étrave, le foc intérieur. C’est ainsi qu’il encaisse les assauts des Quarantièmes rugissants.

Le roulis est prononcé, les ponts souvent balayés par les lames qui s’écrasent sur ses flancs ou parviennent à franchir ses pavois.

Impressionnant, oui. Ce sont des conditions qui exigent une vigilance constante lorsque des manœuvres sont nécessaires sur le pont : harnais attachés aux lignes de vie, bottes remplies d’eau et cirés détrempés, tout comme le reste des vêtements que nous portons.

Mais elle navigue et file dans ces grandes mers tout en maintenant une bonne vitesse.

Hier, plus de 200 milles parcourus, aujourd’hui 182.

Magnifique, bien que redoutable, souvent secouée violemment sur ces eaux indomptées, on prend alors conscience de la grandeur de l’océan et de ses vagues ; on réalise que nous ne sommes qu’un infime point sur un monde aquatique soumis à des forces déchaînées.

LIRE AUSSI : EN IMAGES. Plus d’un mois après, le grand voilier Europa, qui avait basculé, n’a pas bougé…

Le bateau roule, poussé par les vagues puissantes des mers du Sud. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Dans les Quarantièmes rugissants, les vents d’Ouest qui font le tour du globe à ces latitudes soufflent généralement fort.

Leur origine réside dans la combinaison des masses d’air déplacées de l’équateur vers le pôle Sud, la rotation de la Terre, et la rareté des terres émergées pour servir de brise-vent.

Plus au Sud, les Cinquantièmes hurlants et les Soixantièmes mugissants partagent les mêmes caractéristiques, avec des températures encore plus basses.

Ces vents alimentent de grands systèmes de courants autour du continent antarctique.

Les vents et les courants, en mouvement permanent, façonnent les climats et les écosystèmes distincts à travers le monde.

Océan et atmosphère sont liés, tous deux changeants, variables.

Rafales à 50 nœuds

Dans cette bande de latitude, une dépression en suit une autre.

Un peu plus au Nord, de vastes anticyclones peuvent dominer le système.

Les profondes dépressions, et les zones de compression entre celles-ci et les anticyclones, sont des situations générant des vents violents.

Soufflant longtemps sur la surface de la mer, ces vents forment progressivement de grandes houles qui voyagent rapidement en haute mer.

Et aujourd’hui, nous naviguons sur ces hautes mers, avec des vents puissants, des grains chargés de pluie, des rafales atteignant les 50 nœuds et des vagues qui nous dominent.

Pour beaucoup, c’est un spectacle impressionnant ; pour d’autres, le roulis est un peu trop fort pour se déplacer confortablement à bord, et ils préfèrent ne pas s’aventurer dehors, encore moins affronter le pont principal transformé par moments en machine à laver.

Il ne reste plus beaucoup de toile sur Europa. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Les vagues redoutables des Quarantièmes rugissants. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Les prions des Quarantièmes

Mais ceux qui semblent le plus apprécier ces conditions sont les centaines de prions (oiseaux de mer) qui nous accompagnent dans notre traversée.

Ils volent en nuées autour de nous, s’élançant parfois haut au-dessus des vagues déchaînées, puis disparaissant derrière une énorme houle. I

ls passent leur temps à voler tout autour, nous observant de près.

Et s’il y a un groupe d’oiseaux difficile à identifier, même avec de l’expérience, c’est bien celui-ci.

Même en mer, certains restent souvent non identifiables.

Ils font partie de la famille des pétrels, reconnaissables à leurs narines réunies en tubes au sommet du bec, mais les prions s’en distinguent nettement : leur plumage gris pâle, une marque sombre en forme de « W » sur les ailes et le corps, leur petite taille, leur bec particulier, et leur vol rapide, ondulant, d’une grande manœuvrabilité.

Au moins deux espèces ont été identifiées aujourd’hui : le prion antarctique et le prion à bec large, tous deux du genre Pachyptila, un nom grec signifiant « plume épaisse » ou « duvet robuste ».

Les premiers sont des représentants communs de la famille dans la région et plus au Sud, nichant sur plusieurs îles perdues au milieu de l’océan Austral.

La nuit, le vent et la mer se calment un peu mais l’eau continue d’envahir le pont. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Les prions visibles dans les mers du Sud. | JORDI PLANA MORALES / BARK EUROPA

Les prions à bec large nichent près de la convergence subtropicale, notamment dans la région de la Nouvelle-Zélande et dans l’archipel Tristan da Cunha, où se trouvent les principales colonies, avec une population estimée à environ 8 millions de couples.

C’est la nuit, lorsque le vent et la houle se calment, que nous en profitons pour changer d’amure : nous bordons les bras du côté tribord, réglons les voiles d’étai sur bâbord, et commençons à envoyer davantage de toile.

Notre cap s’oriente désormais plus directement vers Tristan da Cunha, après plusieurs jours de navigation plus au Nord. »

Plus d’informations sur Europa et les possibilités d’embarquement.

Grande croisière Vos récits de croisière