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« La Solitaire du Figaro a vécu sa 57e édition cette année, c’est donc un événement ancré depuis quasiment 60 ans dans le paysage de la course au large et la culture de la voile française », estime Nicolas Lunven, septième marin à gagner trois fois la Solitaire du Figaro, en juin 2026. | © VINCENT OLIVAUD
Voiles et Voiliers – Publié le 19/07/2026 à 07h32
Vendredi 17 juillet, l’organisateur de la Solitaire du Figaro a annoncé qu’à partir de l’édition 2028, l’épreuve mythique ne serait plus courue en monocoque, comme depuis sa création en 1970, mais en multicoque, en Ocean Fifty.
Une décision incomprise par la plupart des skippers et des partenaires.
« J’ai l’impression d’être dans un cauchemar.
Je ne pensais pas qu’ils iraient jusque-là, cela me paraît tellement fou de piétiner 50 ans d’histoire », a lancé Yann Eliès, interrogé par le journal Ouest-France.
Vendredi 17 juillet, le Groupe Figaro et d’OC Sport Pen Duick annonçait leur décision de changer le support de La Solitaire du Figaro : les Figaro Bénéteau 3 seront remplacés par les Ocean Fifty à partir de 2028.
Une décision qui passe mal pour la plupart des skippers qui se sont illustrés sur cette course.
Tout cela est piétiné sans vergogne, sur l’autel de la rentabilité.
« Il n’y a pas longtemps, Charlie Dalin décédait et on rappelait que c’était un vainqueur du Vendée Globe, formé à l’école de la rigueur de La Solitaire du Figaro, de la monotypie.
Tout cela est piétiné sans vergogne, sur l’autel de la rentabilité.
C’est le capitalisme à l’état pur », poursuit le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro (2012, 2013 et 2015), Yann Eliès.
Un avis partagé par Jeanne Grégoire, directrice du Pôle Finistère course au large et ancienne Figariste.
« On a un organisateur privé qui se permet de trahir, et de trahir une histoire de la course au large.
On sait que cette course est beaucoup moins rentable que la Route du Rhum.
Mais en fait, ce qui fait la beauté de la Route du Rhum, ce sont les coureurs qui y arrivent, et la plupart viennent de la classe Figaro.
Pour la suite, on se raccrochera aux valeurs du sport, pas seulement du business. »
Lire aussi : ENTRETIEN. Figaro. Jeanne Grégoire réagit au changement : « On se raccrochera aux valeurs du sport, pas du business »
Le côté sportif n’est plus du tout une priorité.
Armel Le Cléac’h, qui a remporté la Solitaire du Figaro à trois reprises (2003, 2010 et 2020) regrette également cette décision.
Il s’agit d’une « vraie erreur », confie-t-il auprès du journal Ouest-France.
« Le côté sportif n’est plus du tout une priorité, sur l’ensemble des courses qu’ils organisent.
On arrive à cette incompréhension parce que La Solitaire du Figaro est une course iconique, majeure dans la course au large depuis toujours.
Elle a permis à de nombreux marins de s’illustrer, de former des jeunes.
La monotypie permettait à tous d’être à armes égales et c’était vraiment ça la force de cette épreuve et de ce circuit.
Là, on bascule dans un truc qui ne va pas fonctionner. »
Pour Nicolas Lunven, septième marin à gagner trois fois la Solitaire du Figaro, en juin dernier, « la Solitaire du Figaro a vécu sa 57e édition cette année, c’est donc un événement ancré depuis quasiment 60 ans dans le paysage de la course au large et la culture de la voile française.
Faire table rase de tout ça, avec des arguments totalement bidon, ça donne envie de gerber. »
« L’argument d’un modèle économique impossible, c’est quand même le truc le plus bidon.
Cela faisait dix ans que je n’avais pas fait de Figaro.
Quand j’y suis revenu en 2026, j’ai constaté que les fondamentaux n’avaient pas changé.
Le modèle économique était le même pendant 57 ans, donc à un moment donné, si tu penses que ça ne fonctionne plus, c’est peut-être toi qu’il faut remettre en question. »
Lire aussi : Solitaire du Figaro. Après l’annonce de changement de support, Paprec se retire
Paprec annonce la fin de son partenariat avec OC Sport
Aux côtés des skippers, certains partenaires comme Paprec – partenaire de la transat Paprec et de la Solitaire du Figaro depuis 2022 – regrettent aussi la décision des organisateurs de transformer en profondeur le format de la Solitaire en l’adossant à la classe Ocean Fifty.
Le groupe spécialisé dans la gestion de déchets a d’ailleurs annoncé la fin de son partenariat avec OC Sport, l’organisateur, dès vendredi 17 juillet.
« Cette rupture avec l’ADN d’une course « à armes égales » et très accessible, qui permettait de révéler les talents, est une inflexion forte qui ne recoupe plus les motivations de Paprec pour s’engager dans la durée sur ces épreuves.
Le partenariat entre Paprec et OC Sport prendra fin au plus tard à son terme après l’édition 2027 des deux épreuves », a annoncé l’entreprise dans un communiqué.
Lire aussi : ENTRETIEN. Surprise ! Dès 2028, La Solitaire du Figaro se courra… en Ocean Fifty : l’organisateur s’explique (1/2)
Une décision par ailleurs soutenue par Sam Davies sur les réseaux sociaux.
« Bravo Paprec. Et merci pour tous les futurs navigateurs qui vont continuer à se former sur ce circuit incroyable », a-t-elle écrit.
Depuis le 17 juillet, les réactions se multiplient donc.
Plus qu’un simple changement de bateau, c’est un changement de philosophie que dénoncent ses opposants.
Une rupture avec l’histoire de la Solitaire du Figaro qui, à leurs yeux, pourrait avoir des conséquences bien au-delà de la seule épreuve.
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