Recommandation – Développement personnel

Asaf MazarWendy Wood – 18 mai 2026

Rompre avec de mauvaises habitudes : pourquoi la volonté ne suffit pas

Comprendre les habitudes nous offre un éclairage précieux sur la manière de modifier nos comportements — avec moins d’efforts de volonté.

Si vous êtes comme beaucoup d’Occidentaux, vous commencez probablement votre journée avec une tasse de café — un latte matinal, un espresso serré ou, plus simplement, un café filtre.

Une explication couramment avancée par les amateurs de café est que nous en buvons pour nous réveiller et atténuer la fatigue.

Mais cette explication ne tient pas complètement.

Après tout, la quantité de caféine dans une tasse de café peut varier considérablement.

Même en commandant le même type de café dans le même établissement, les niveaux de caféine peuvent doubler d’une boisson à l’autre.

Et pourtant, nous autres buveurs de café ne semblons pas le remarquer.

Alors, qu’est-ce qui nous pousse réellement dans notre quête de cette boisson matinale ?

C’est l’une des questions auxquelles nous avons cherché à répondre dans nos recherches récentes.

La réponse a des implications profondes sur la manière dont nous abordons de grands défis sociétaux tels que l’alimentation et le changement climatique.

En tant que spécialistes du comportement, nous avons constaté que les individus répètent souvent leurs gestes quotidiens par habitude.

Si vous buvez régulièrement du café, vous le faites probablement de manière automatique, intégré à votre routine — et pas seulement parce que vous êtes fatigué.

Mais l’habitude ne nous paraît pas être une explication satisfaisante ; il est frustrant de dire que nous faisons quelque chose simplement parce que nous en avons l’habitude.

Nous préférons élaborer des justifications plus convaincantes, comme affirmer que nous buvons du café pour dissiper la brume matinale.

Cette réticence nous empêche de reconnaître nombre de nos habitudes, alors même qu’elles imprègnent notre quotidien.

Les habitudes se forment dans des environnements spécifiques qui fournissent un signal, ou un déclencheur, du comportement.

Ce qui se cache derrière les habitudes

Pour tester si les individus sous-estiment le rôle des habitudes dans leur vie, nous avons interrogé plus de 100 buveurs de café sur ce qui, selon eux, motive leur consommation.

Ils ont estimé que la fatigue jouait un rôle environ deux fois plus important que l’habitude.

Afin de confronter ces perceptions à la réalité, nous avons ensuite suivi leur consommation de café et leur niveau de fatigue pendant une semaine.

Les résultats réels ont nettement divergé des explications fournies par les participants.

Certes, ils étaient légèrement plus enclins à boire du café lorsqu’ils étaient fatigués — ce qui est logique — mais nous avons constaté que l’habitude exerçait une influence tout aussi forte.

Autrement dit, les individus surestiment largement le rôle de la fatigue et sous-estiment celui de l’habitude.

Il semble que les habitudes ne soient guère perçues comme une véritable explication.

Nous avons ensuite reproduit ce résultat dans une seconde étude portant sur un comportement que l’on pourrait qualifier de « mauvaise » habitude : ne pas aider un inconnu qui en fait la demande.

Là encore, les participants ont négligé le rôle de l’habitude et attribué leur réticence à leur état d’esprit du moment.

L’écart entre le rôle réel et le rôle perçu des habitudes dans nos vies est déterminant.

Il est essentiel pour comprendre pourquoi il est si difficile de modifier des comportements répétitifs.

Si vous pensez que vous buvez du café parce que vous êtes fatigué, vous pourriez tenter de réduire votre consommation en vous couchant plus tôt.

Mais vous vous tromperiez de stratégie. Votre habitude, elle, serait toujours là le matin.

Pourquoi les habitudes sont étonnamment difficiles à changer

La raison pour laquelle les habitudes sont si difficiles à surmonter tient au fait qu’elles ne sont pas entièrement sous notre contrôle.

Certes, la plupart d’entre nous peuvent maîtriser une occurrence isolée d’un comportement — refuser un café ou prendre le temps d’indiquer son chemin à un touriste égaré. Nous faisons appel à notre volonté et passons outre.

Mais contenir une habitude de manière constante est extrêmement difficile.

Pour l’illustrer, imaginez devoir éviter de prononcer des mots contenant la lettre « i » pendant cinq secondes.

Assez simple, n’est-ce pas ? Mais imaginez maintenant devoir respecter cette règle pendant une semaine entière.

Nous utilisons habituellement de nombreux mots comportant cette lettre.

Soudain, cette vigilance permanente transforme une tâche simple en contrainte particulièrement lourde.

Nous commettons une erreur similaire lorsque nous cherchons à contrôler des habitudes indésirables et à en instaurer de nouvelles, plus vertueuses.

La plupart d’entre nous y parviennent à court terme — pensez à l’enthousiasme du début d’un régime ou d’un programme sportif.

Mais nous finissons inévitablement par être distraits, fatigués ou simplement débordés.

Et lorsque cela arrive, nos anciennes habitudes reprennent le dessus et guident à nouveau nos comportements.

Si nous ne reconnaissons pas le rôle de l’habitude, nous passons à côté de stratégies plus efficaces pour les modifier.

L’inverse est également vrai : nous ne percevons pas les bénéfices de nos bonnes habitudes.

Une étude a montré que, les jours où les individus avaient une forte intention de faire de l’exercice, ceux ayant des habitudes faibles ou fortes pratiquaient une activité physique comparable.

En revanche, les jours où les intentions étaient plus faibles, ceux dotés d’habitudes solides étaient plus actifs.

Ainsi, les habitudes bien ancrées maintiennent le cap, même lorsque la motivation fluctue.

Il ne s’agit pas seulement de volonté

La culture américaine contribue en partie à cette tendance à négliger les habitudes.

Comparés aux habitants d’autres pays développés, les Américains sont plus enclins à penser qu’ils contrôlent leur réussite dans la vie.

En conséquence, lorsqu’on leur demande ce qui les empêche d’adopter un mode de vie plus sain, ils évoquent souvent un manque de volonté.

Certes, la volonté est utile à court terme, pour se motiver à s’inscrire dans une salle de sport ou à entamer un régime.

Mais les recherches montrent que, de manière surprenante, les personnes qui réussissent le mieux à atteindre des objectifs à long terme mobilisent — voire exercent — moins de volonté dans leur vie quotidienne.

Cela s’explique aisément : comme évoqué précédemment, la volonté s’érode avec le temps, tandis que les habitudes prennent le relais.

Si la clé n’est pas la volonté, alors comment contrôler nos habitudes ?

Modifier ses habitudes commence par agir sur les environnements qui les soutiennent.

Les recherches montrent qu’exploiter les signaux qui déclenchent ces comportements peut s’avérer extrêmement efficace.

Par exemple, réduire la visibilité des paquets de cigarettes dans les magasins a contribué à diminuer leur achat.

Une autre approche consiste à introduire de la friction : autrement dit, rendre plus difficile l’adoption de comportements indésirables et plus facile celle de comportements souhaitables.

Une étude a ainsi montré que le recyclage augmentait lorsque les bacs de tri étaient placés juste à côté des poubelles — que les gens utilisaient déjà — plutôt qu’à quelques mètres de distance.

Modifier efficacement ses comportements commence par reconnaître qu’une grande partie de ceux-ci relève de l’habitude.

Les habitudes nous conduisent à répéter des comportements indésirables, mais aussi des comportements souhaitables — ne serait-ce que savourer une tasse de café au goût agréable chaque matin.

Asaf Mazar / Wendy Wood

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