Accueil Course au large Vendée Globe
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Le Vendée Globe 1996 restera dans les mémoires pour ses conditions dantesques, ses naufrages et ses incroyables sauvetages dans les mers du Sud.
Et plus encore, pour la disparition de Gerry Roufs, le skipper canadien dont on a perdu la trace au milieu du Pacifique.
Pour Michèle Cartier, sa compagne, c’est le commencement d’un long et difficile combat pour tenter de retrouver Gerry, ou au moins son bateau.
Pour comprendre ce qu’il lui est arrivé. Et peut-être, enfin, parvenir à en faire le deuil.

Le skipper canadien Gerry Roufs à la barre du monocoque Groupe LG2, avant le départ du terrible Vendée Globe 1996. | ROBERT GUÉGAN
Voiles et Voiliers – Delphine Fleury
Publié le 24/06/2026 à 15h00
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En ce petit matin froid, au creux du long hiver québécois, Michèle nous accueille chez elle à Montréal, par écran interposé, avec une heure d’avance sur notre rendez-vous.
Puisque nous sommes prêtes, parlons-nous sans attendre.
D’une voix douce, d’un sourire et d’un geste – elle montre par la fenêtre de son appartement la neige qui tapisse le trottoir –, la jolie femme brune brise la glace et instille déjà un peu de chaleur dans notre entretien.
C’était il y a vingt-neuf ans. Le 7 janvier 1997, son compagnon Gerry Roufs disparaissait en mer.
Le concurrent canadien de 43 ans, alors en deuxième position du Vendée Globe derrière Christophe Auguin, était pris dans une violente tempête au milieu de l’océan Pacifique, et il ne donnait plus signe de vie.
Son tout dernier message, il l’avait échangé la veille avec Isabelle Autissier qui était à quelques dizaines de milles de lui (elle poursuivait son tour du monde hors course pour avoir fait une escale technique).
« Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes », écrivait-il à sa concurrente et amie.
Et puis, plus rien. Silence radio. Gerry ne répond plus. On ne le retrouvera pas.
Michèle a 25 ans lorsqu’elle découvre le monde des voiliers de course.
La jeune femme, qui a grandi avec ses parents et ses trois sœurs dans la campagne québécoise, possède déjà une petite expérience de la voile en croisière, lorsqu’à l’été 1984 elle se trouve un job au départ de la première transat Québec – Saint-Malo.
« J’ai eu la chance d’y rencontrer des marins, on a sympathisé et j’ai décidé – comme beaucoup d’autres à ce moment-là – de partir en Europe.
On avait l’opportunité de monter sur ces bateaux, de faire des convoyages ou d’être hôtesse, c’était facile.
C’était vraiment l’aventure et c’est ce que je recherchais. Parce que je m’ennuyais ! »
La voilà donc qui s’envole pour la Bretagne et navigue au gré des rencontres entre Saint-Malo, La Trinité, La Rochelle puis Saint-Tropez, Antibes.
Un accident de voiture met un coup d’arrêt à cette vie de bohème maritime, la voilà rapatriée au Québec.
C’est là qu’elle revoit Gerry, avec qui elle n’a encore jamais navigué, mais qu’elle a croisé aux escales ici et là.
Le marin canadien aux boucles brunes et à l’humeur joviale est un équipier recherché, qui a fait ses armes avec son compatriote Mike Birch, et navigue alors avec Serge Madec sur Jet Services.
Leurs deux routes se rejoignent pour ne plus se séparer – façon de parler, puisque la vie de femme de marin doit s’accommoder de longues absences.
Le couple s’installe à Locmariaquer, où naîtra leur fille Emma en 1988.
Le naufrage était une éventualité à laquelle elle avait pensé…
Le jour où tout a chaviré
Le 7 janvier 1997, le jour où « tout a chaviré », écrit-elle, Michèle est à Montréal.
Elle avait décidé, bien avant le départ de la course, de retourner au Québec pour les quelques mois qu’allait durer ce tour du monde.
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