Accueil Course au large Vendée Globe

À 42 ans, Paul Meilhat, le skipper de Biotherm, a bouclé la boucle et définitivement effacé son abandon d’il y a huit ans sur l’édition 2016-2017 en prenant la 5e place de la 10e édition du Vendée Globe après 74 jours, 22 heures et 38 minutes de course.

Paul Meilhat, 5e du Vendée Globe sur Biotherm, a pleinement profité de la remontée du chenal pour communier avec le public des Sables-d’Olonne.

Paul Meilhat, 5e du Vendée Globe sur Biotherm, a pleinement profité de la remontée du chenal pour communier avec le public des Sables-d’Olonne. | JEAN-LOUIS CARLI / ALEA

Voiles et Voiliers. Modifié le 24/01/2025 à 15h20

Abonnez-vous

Paul Meilhat : « C’est hallucinant de voir ce qu’est devenu le Vendée Globe, une régate planétaire »

Quels sentiments dominent à l’heure de retrouver le plancher des vaches ?

Paul Meilhat : Ça fait tellement plaisir de voir des sourires. Ça fait quand même deux mois et demi que je n’avais pas vu un visage, à part sur WhatsApp, donc c’est forcément très fort…

Il est sans doute un peu tôt pour analyser dans le détail ta course, mais qu’en retiens-tu à chaud ?

P. M. : Le début a été un peu laborieux. J’ai mis du temps à me glisser dans le TOP 10, mais je le savais parce que j’avais de nouveaux foils.

Il a fallu apprendre. Mais je me doutais que sur la durée, ce serait bon pour moi.

C’est un de mes points forts d’aller chercher des ressources.

Cette remontée de l’Atlantique, je l’ai adorée, même le Sud aussi, hyper intense.

C’est ça qui m’a beaucoup plu sur ce Vendée Globe par rapport à celui que j’avais disputé avant (édition 2016-2017, abandon), me bagarrer du début à la fin contre des concurrents. C’était génial, génial, génial…

LIRE AUSSI : Vendée Globe. Paul Meilhat (Biotherm) est arrivé, cinquième du Vendée Globe en 74 jours et 22 heures

Après une dernière nuit difficile, le skipper de Biotherm, Paul Meilhat, a franchi la ligne d’arrivée en 5e position. | JEAN-LOUIS CARLI / ALEA

On imagine qu’en termes de régate et d’intensité, tu as également trouvé ton compte dans ce cru 2024-2025 du Vendée Globe ?

P. M. : Bah oui, et puis surtout sans voir le temps passer !

En fait, en arrivant aux Sables on a envie que ça s’arrête parce qu’on est fatigué et usé, on en peut plus, mais j’ai toujours eu la motivation et surtout, je ne me suis jamais ennuyé.

Jamais je ne me suis demandé ce que je faisais là…

J’ai été à fond tout le temps et comme pour les autres skippers, il y a eu beaucoup de problèmes à régler, je n’ai pas été épargné, mais comme dès le départ tu sais que tu t’attaques à un gros morceau, tu repousses tes limites et ça passe…

Le Sud restera dans ma mémoire

Un scénario idéal en somme ?

P. M. : C’est sûr que 5e avec ce projet qu’on a monté depuis le début, sans jamais déroger à notre philosophie, c’est juste génial !

Ces derniers jours, je me suis battu. Je n’ai pas dormi.

Cette nuit, j’avais 40 nœuds et ce qui m’arrivait derrière était encore plus costaud.

Ça pouvait très bien ne pas passer. J’ai fait un empannage involontaire, le bateau s’est couché dans l’eau, j’ai dû faire trois marches arrière à cause de trucs coincés dans la quille.

Cette arrivée, c’est le plus beau moment de ta course ?

P. M. : Je ne suis pas quelqu’un d’exclusif. Disons que je n’ai pas de film préféré ou de plat ou de roman préféré…

Chaque moment était difficile, même si le Sud restera dans ma mémoire, surtout le Pacifique quand on est descendu par les 60e et qu’il ne faisait jamais nuit.

La bataille était intense, tout le monde se donnait à fond.

J’ai plein d’images en tête, c’était très fort et très beau, mais difficile aussi…

Et puis, on s’envoyait beaucoup de messages avec Nico (Lunven), Sam (Davies) et Boris (Hermann), pour se remotiver et se soutenir dans cette bataille.

LIRE AUSSI : Vendée Globe. Mise en place de la ligne « tempête » pour l’arrivée de Paul Meilhat

Souriant et heureux, le skipper français Paul Meilhat n’a pas caché sa joie de clore cette 10e édition au cinquième rang. | ANNE BEAUGÉ / ALEA

C’était important de garder le contact en dépit de la concurrence ?

P. M. : Vous savez, la course n’a de valeur que s’il y a de grands adversaires…

Cette année, je ne pouvais pas avoir de meilleurs adversaires.

En clair, il n’y a que des multiples vainqueurs de la Solitaire du Figaro autour de moi.

Devant et derrière, il n’y a que ça… C’est hallucinant de voir ce qu’est devenu le Vendée Globe, une sorte de régate planétaire, c’est génial, je ne peux pas rêver d’autre chose !

Je ne suis pas homme à faire des classements

On te sent ému…

P. M. : Oui, bien sûr ! Cette 5e place, c’est sans doute l’une de mes plus grandes joies sportives.

Après, il ne faut pas tout mélanger. Ma vie personnelle m’apporte beaucoup de bonheur et comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas homme à faire des classements.

Mais quand même, finir un Vendée Globe, c’est une sacrée émotion…

Surtout que c’est aussi un projet de quatre ans qui se concrétise.

L’abandon d’il y a huit ans m’avait laissé sur ma faim. Finir, ça me rend fier et 5e, c’est exceptionnel !

N’oubliez pas également que le Vendée rythme nos vies pendant plusieurs années, un peu d’ailleurs comme les athlètes olympiques qui attendent les Jeux.

Moi, je ne pense qu’à ça depuis quatre ans, sans parler des sacrifices.

Là, aujourd’hui, j’ai envie de donner à tous les gens qui m’ont donné (sourire)…

VOIR AUSSI : VIDÉO. Vendée Globe. Revivez la remontée de chenal de Jérémie Beyou et de Paul Meilhat en replay

En dépit du vent et de la pluie, ils étaient encore nombreux à s’être déplacés pour saluer le retour et la performance de Paul Meilhat, 5e du Vendée Globe. | ANNE BEAUGÉ / ALEA

La solitude n’a-t-elle pas été trop pesante ?

P. M. : C’est sûr qu’évoluer dans 6 m² pendant deux mois et demi, c’est une expérience, mais contrairement aux gens qui souffraient de la solitude pendant les confinements du Covid, nous (les skippers du Vendée Globe, ndlr), on est les plus libres du monde sur nos bateaux.

Alors oui, on est quand même coupé du monde et moi, en plus, je me suis volontairement coupé…

Comment ça ?

P. M. : Je n’avais pas Starlink, je n’avais pas mon portable ou alors seulement pour répondre à mon équipe technique ou avoir ma femme et mes enfants de temps en temps.

J’avais envie de rester dans ma course, car je savais que c’était mon point fort de rester focus, de trouver des ressources qui allaient me permettre de me dépasser.

Les seuls trucs que je me suis autorisé à suivre, ce sont les résultats du rugby et l’élection américaine…

Je sais que Donald Trump a été élu, mais pour le reste, je n’ai pas suivi l’actualité.

Est-ce qu’on te reverra dans quatre au départ du Vendée Globe ?

Difficile à dire au moment d’une arrivée… Mais tout ce qu’on a mis en place avec l’équipe sur cette édition, il faudra le faire fructifier dans quatre ans, si on y retourne évidemment…

Pour l’heure, il est trop tôt pour répondre à cette question. Avec le projet Biotherm, on essaie de construire l’avenir.

On a vu que les nouveaux foils sont performants, donc j’ai envie de continuer à progresser et de m’améliorer car en voile, c’est dingue à quel point on progresse en quatre ans.

On se concentre pour l’instant The Ocean Race Europe et on verra pour la suite…

Vendée Globe Paul Meilhat Biotherm