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Prise de poids rapide, santé cardio-vasculaire affectée, équilibre hormonal perturbé, fertilité masculine altérée… Une nouvelle étude met en lumière d’inquiétantes conséquences d’un régime à base d’aliments ultratransformés. | PHOTO D’ILLUSTRATION : MATHIEU PATTIER / OUEST France

Ouest-FranceSarah CAILLAUD. Publié le 21/09/2025 à 19h06

Même à dose raisonnable, les aliments ultratransformés seraient néfastes pour la fertilité masculine

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Obésité, diabète, anxiété, affections cardiovasculaires…

La nocivité des aliments ultratransformés n’est plus à démontrer.

Une nouvelle étude internationale vient encore rallonger la liste des problèmes de santé associés à la malbouffe.

Elle révèle notamment qu’après seulement trois semaines d’un tel régime, la fertilité masculine s’en trouve altérée et ce, indépendamment de la quantité de calories absorbées.

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Problème de santé publique, l’infertilité touche aujourd’hui une personne sur six sur la planète, selon l’Organisation mondiale de la santé, dont environ trois millions de Français.

Pour les hommes, l’explication pourrait bien se trouver dans leurs assiettes.

C’est ce que révèle l’étude menée par une équipe internationale de chercheurs, publiée fin août dans la revue américaine Cell Metabolism .

Ils se sont attachés à étudier si la malbouffe détériore de façon significative la santé reproductive et métabolique masculine.

Pour cela, ces chercheurs ont recruté une quarantaine d’hommes en bonne santé, âgés de 20 à 35 ans.

Tous consommaient déjà 51 % d’aliments ultratransformés.

Ils ont constitué deux groupes.

Les premiers ont dû s’alimenter d’aliments non transformés (à 94 %).

Les seconds ont suivi un régime à base de nuggets, pâtes, barres chocolatées, sodas et autres aliments ultratransformés (à 75 %).

Un kilo et demi de plus en 21 jours

« On a procédé comme un essai clinique mené pour les médicaments.

Il s’agissait de savoir si la nature même de ces aliments est délétère pour la santé, ou seulement l’excès calorique généré.

On a réparti les participants de chaque cohorte en deux sous-groupes.

L’un recevant son régime en quantité modérée, adéquate pour son âge, son poids et son niveau d’activité physique, l’autre en excès de calories de 500 kcal par jour » explique à Ouest-France  Romain Barrès, chercheur français à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Sophia Antipolis (Inserm, CNRS et université Côte d’Azur) qui a coordonné cette étude.

L’essai clinique s’est déroulé en deux phases.

Les participants ont d’abord suivi l’un des deux régimes pendant trois semaines.

Puis après une pause de trois mois, ils ont inversé les rôles et basculé sur l’autre régime, sain ou ultratransformé.

Premier constat « préoccupant » : à apport calorique égal et avec une consommation modérée, le régime ultratransformé a engendré 1,5 kg de plus sur la balance, principalement de la graisse, et le mauvais cholestérol, indicateur de risque cardiovasculaire, a augmenté.

Romain Barrès, chercheur à l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire de Sophia Antipolis (Inserm, CNRS et université Côte d’Azur) qui a coordonné cette étude. | PHOTO : DR

Système hormonal mis à mal

Autre constat moins visible mais tout aussi inquiétant : cette alimentation modifiée « par des processus de préparation industriels et l’ajout d’au moins un ingrédient de nature synthétique » s’est traduite chez les participants concernés par une chute de l’hormone FSH qui stimule la production de spermatozoïdes et une tendance à la baisse de la testostérone.

Par ailleurs, la qualité de leur sperme était affectée, avec une baisse du nombre de spermatozoïdes mobiles, une qualité essentielle pour assurer la fécondation.

La piste des perturbateurs endocriniens

Pour expliquer ces effets délétères, les chercheurs ont suivi la piste des polluants industriels très présents dans les aliments ultratransformés.

Ils ont vérifié leur présence dans le sang et le sperme des participants.

Le résultat est là encore sans appel : après un régime ultratransformé, les hommes présentaient davantage de phtalates dans le sang, ces polluants présents dans les emballages plastiques et reconnus comme des perturbateurs endocriniens.

« Cette étude met ainsi en lumière le rôle de l’alimentation ultratransformée sur la santé du système reproducteur masculin, possiblement via l’action de perturbateurs endocriniens.

Elle établit que la quantité de calories consommée n’est pas le seul facteur responsable de ces effets délétères », indiquent les chercheurs dans leur communiqué.

8 produits sur 10 vendus en supermarché

Cette découverte est d’autant plus alarmante que les aliments ultratransformés représentent 35 % de l’apport calorique en France et jusqu’à 60 % dans certains pays.

En France, environ 80 % des produits disponibles en supermarché sont des aliments dits « ultratransformés ». 

« Quand on parle de malbouffe, on pense souvent à la nourriture de fast-food.

Or certains aliments comme les pains industriels, les yaourts sucrés ou certains biscuits vendus en grandes surfaces pourraient être tout aussi mauvais.

Possiblement parce que cette nourriture a perdu la matrice originelle d’un aliment naturel », détaille Romain Barrès.

Pour lui, ces résultats inquiétants doivent pousser au changement.

Du côté des consommateurs d’abord : « Il faudrait se réhabituer à faire la cuisine soi-même.

C’est un effort dans un premier temps mais les bénéfices pour notre santé et notre bien-être se remarquent vite.

En écartant les aliments ultratransformés, cela paye immédiatement », analyse le chercheur, qui avoue avoir lui-même changé ses habitudes au vu des résultats alarmants de son étude.

À défaut, il conseille de choisir les aliments ultratransformés « les moins pires », en regardant les étiquettes et en privilégiant les listes plus courtes d’ingrédients simples.

« Il faut le dire aux consommateurs »

Mais la solution pour se prémunir du danger de ce type d’alimentation n’est pour lui pas seulement entre les mains des consommateurs.

« Les gouvernements doivent prendre des mesures et mieux informer les consommateurs de ce qu’ils mangent. »

« Pour qu’il y ait une vraie prise de conscience », le chercheur français plaide ainsi pour « plus de clarté ».

« Un étiquetage comme le Nutriscore qui permettrait de repérer les aliments ultratransformés pourrait être mis en place. »

Il estime aussi qu’une régulation de la publicité sur cette alimentation ultratransformée, surtout pour les enfants, est essentielle.

« Dire qu’il faut bouger pour compenser et rester en bonne santé ne suffit pas.

Il faut dire aux gens que manger ce type d’aliments les expose à des maladies, comme on le fait pour le tabac ou l’alcool. »

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« La suite de notre recherche sera de répondre à cette question : en mangeant ainsi avant de concevoir nos enfants, risque-t-on d’affecter leur santé ? »

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