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mis à jour le 08/06/2023

Maladie d’Alzheimer : comment adapter l’activité physique ? | valdemarne.fr

C’est la maladie neuro-dégénérative la plus fréquente : en 2019, en France, 900 000 personnes en étaient atteintes dont 40% d’hommes et 60% de femmes avec seulement 1,2 à 2% de formes héréditaires (INSERM, 2019).

Si cette maladie est rare avant 65 ans, elle touche 2 à 4% de la population générale après cet âge ; la prévalence atteint 15% de la population à 80 ans (Ibid).

Surtout connue pour les troubles de la mémoire qu’elle engendre, cette maladie ne peut pas se résumer à ce seul déficit cognitif (Fondation Vaincre Alzheimer, 2020a).

Il s’y associe d’autres atteintes. « Avec le vieillissement rapide de la population mondiale, la prévalence de la maladie d’Alzheimer (MA) a considérablement augmenté.

Ces statistiques sont alarmantes, compte tenu des preuves récentes qu’un tiers des cas de démence pourraient être évités.

Le rôle des facteurs liés au mode de vie, tels que l’alimentation et l’exercice, peut modifier directement le risque de développement de la maladie » (Baranowski & Col., 2020).

  • Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?
  • Quels sont les bienfaits de l’activité physique sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ?
  • Quelles activités physiques adaptées proposer aux personnes qui en sont atteintes ?

Qu’est-ce que la maladie d’Alzheimer ?

C’est une affection neurodégénérative qui « entraîne une détérioration progressive et définitive des cellules nerveuses provoquant la forme la plus commune des démences.

Cette maladie est fréquente chez les personnes âgées mais elle touche également les personnes jeunes » Fondation Vaincre Alzheimer (Op. cit.).

La maladie d’Alzheimer est caractérisée par l’association de deux types de lésions cérébrales :

  • Des dépôts extracellulaires de protéine beta-amyloïde
    Les plaques d’amyloïde sont situées autour des neurones et sont composées de protéines amyloïdes qui s’accumulent et s’agrègent pour former des plaques.
  • Des dégénérescences neurofibrillaires (DNF)
    Elles sont formées d’une protéine appelée tau. Cette protéine apparaît sous une forme anormale dans la maladie d’Alzheimer, ce qui conduit à son accumulation à l’intérieur des neurones sous la forme de filaments qui finissent par « étouffer » les neurones.

Ces lésions vont progresser au fil du temps.
Pour comprendre plus finement les symptômes de cette maladie, il faut connaitre son évolution physiologique :
« La formation des dégénérescences neurofibrillaires et des plaques amyloïdes ne se produisent pas simultanément dans les mêmes régions du cerveau ni avec la même chronologie.

Les dégénérescences neurofibrillaires [DNF] se développent d’abord dans la région cérébrale appelée l’hippocampe.

Cette zone du cerveau est essentielle à la mémoire et à l’apprentissage.

Les DNF atteignent ensuite les autres régions du cerveau en suivant un mouvement centrifuge.

Ce processus de perte de neurones s’étend à l’ensemble du cerveau et provoque son atrophie, engendrant un dysfonctionnement global […] la protéine tau se propage d’une cellule à une autre, à travers leur membrane.

Cela expliquerait la progression des DNF qui suit les connexions neuronales anatomiques du cerveau.

Les plaques amyloïdes […] se développent de manière différente : les premiers dépôts sont observés dans une partie du cortex […] puis  […] dans l’hippocampe suivi […] d’autres régions cérébrales précises [provoquant des troubles particuliers].

La progression de cette pathologie s’étend à l’ensemble du cerveau en suivant un mouvement centripète et ne correspond pas aux symptômes cliniques de la maladie […] ».

Par ailleurs, et comme le rappelle la Fondation Vaincre Alzheimer (Ibid), la maladie d’Alzheimer ne peut pas se réduire à ce phénomène physiologique :

« Dans la maladie d’Alzheimer, il existe également d’autres lésions « par manque » (en opposition aux lésions « par excès » des protéines Aβ et tau qui s’accumulent) :

  • Une atrophie du cerveau,
  • Une perte des neurones,
  • Une perte des synapses : ce sont les jonctions entre les neurones par lesquelles passe le message chimique,
  • Une neuro-inflammation,
  • Une baisse des facteurs de croissance ».

Les deux processus explicatifs de la maladie précédemment évoqués sont cependant en partie remis en question au regard de l’avancée des travaux actuels. Les résultats de nouvelles études sont attendus sur ce point.

Symptômes et signes

Induits ainsi, selon la Fondation Vaincre Alzheimer (2020c), les neuf signes de la maladie d’Alzheimer sont :

  1. Troubles du langage
  2. Pertes de mémoire
  3. Perte de la faculté de jugement
  4. Difficultés dans la planification ou la résolution de problèmes
  5. Retrait dans le travail ou les activités sociales
  6. Désorientation
  7. Changements d’humeur
  8. Difficultés à accomplir des tâches du quotidien
  9. Impossibilité de reconnaître des objets ou des personnes familières

Bienfaits de l’activité physique

Les facteurs liés au mode de vie, tels que l’alimentation et l’exercice, peuvent influencer directement le risque de développement de la maladie.

« L’exercice peut réduire considérablement le risque de MA ; cependant, les recommandations d’exercices spécifiques pour les personnes âgées sont limitées et l’intensité, la durée et le type optimaux restent inconnus. » (Baranowski & Col., 2020).

Une étude (Lautenschlager & Col., 2008) a montré que les hommes physiquement actifs avaient un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer que ceux qui étaient inactifs.

De plus, les hommes physiquement actifs et ayant une alimentation saine avaient un risque encore plus faible de développer la maladie.
Les résultats d’une revue de littérature scientifique (Hamer & Chida, 2009) suggèrent que l’activité physique est inversement associée au risque de démence due à la maladie d’Alzheimer et à la maladie de Parkinson.

Une étude (Buchman & col., 2012) qui a suivi plus de 1 200 personnes âgées de 65 à 79 ans pendant une période de 6 ans, a montré que les personnes qui pratiquaient une activité physique modérée à vigoureuse avaient un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer que celles qui étaient inactives.

En effet, l’activité physique régulière peut aider à maintenir le cerveau en bonne santé en augmentant le flux sanguin (e.g. : Colcombe & Col., 2004 ; Erickson & col., 2011) et l’oxygénation, en stimulant la neurogenèse (la formation de nouveaux neurones) et en réduisant l’inflammation dans le cerveau (Konsman & col., 2002).

Elle peut également améliorer la fonction cognitive (Rolland & col., 2008), la mémoire et l’humeur chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Quelles activités physiques ?

Des études (e.g. : Barnes & col., 2003[1]  ; Baker & col., 2010[2] ) ont également montré que des activités physiques à dominantes aérobie, telles que la marche, la course à pied, la natation ou le vélo, peuvent être particulièrement bénéfiques pour la santé cérébrale.

Mais, il semblerait également que toute forme d’activité physique régulière peut être utile pour maintenir la santé cérébrale, prévenir la maladie d’Alzheimer et lutter contre la dépression (Blumenthal & col., 2012[3]).

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Concernant la marche : La marche régulière est réputée bénéfique pour la santé cérébrale.

Conduite chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer d’intensité légère à modérée, une étude (Lautenschlager & col., 2008) a révélé que la marche de 30 minutes, trois fois par semaine pendant six mois, avait amélioré l’activité cognitive.

Une autre étude (Kramer & col., 2006) a montré que la marche rapide de 45 minutes, trois fois par semaine pendant six mois, avait amélioré la fonction cognitive chez les adultes plus âgés en bonne santé.

Concernant le yoga : Le yoga semble aussi bénéfique pour la santé cérébrale.

Une étude (Gothe & col., 2013) a montré que la pratique régulière du yoga pendant six mois avait amélioré la mémoire chez les adultes plus âgés en bonne santé.

Une autre étude (Danucalov & col., 2013) a montré que le yoga pratiqué pendant 12 semaines avait amélioré la fonction cognitive et réduit les symptômes dépressifs chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.

Concernant la natation : La natation est également considérée comme bénéfique pour la santé cérébrale.

Une étude a montré que la natation régulière pendant six mois avait amélioré la cognition chez les adultes plus âgés en bonne santé (Colcombe & Col., Op. cit.).

Concernant les activités aérobies du fitness : Une étude (Morris & Col., 2017), a évalué les effets d’un programme d’exercices aérobiques de 150 minutes par semaine pendant 26 semaines, sur la mémoire, la fonction exécutive, la capacité fonctionnelle et la dépression chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer précoce.

Cette étude conclue que « L’exercice aérobique au début de la maladie d’Alzheimer est associé à des avantages en termes de capacité fonctionnelle.

Les gains liés à l’exercice dans la condition cardiorespiratoire ont été associés à une amélioration des performances de la mémoire et à une réduction de l’atrophie de l’hippocampe, ce qui suggère que les gains de condition cardiorespiratoire peuvent être importants pour stimuler les avantages cérébraux ».

Concernant les effets de l’intensité de l’exercice, les résultats d’une étude récente (B. Cheval, M P. Boisgontier, 2023) montrent que des niveaux d’activité physique modérés et élevés conduisent à une amélioration du fonctionnement cognitif, en précisant que « […] l’effet de l’activité physique modérée (marche rapide, vélo) était 1,5 fois plus important que celui de l’activité physique d’intensité élevée (course à pied, basketball, ski de fond) (ibid).

[1] Selon Barnes & col. (2003) : « Les mesures de base de la capacité cardiorespiratoire sont positivement associées à la préservation de la fonction cognitive sur une période de 6 ans et aux niveaux de performance des tests cognitifs effectués 6 ans plus tard chez les personnes âgées en bonne santé.

Une capacité cardiorespiratoire élevée peut protéger contre le dysfonctionnement cognitif chez les personnes âgées ».

[2] Selon Baker & col. (2010) : « Six mois d’exercices aérobiques à haute intensité ont eu des effets spécifiques au sexe sur la cognition […] des gains comparables en termes de forme cardiorespiratoire et de réduction de la graisse corporelle.
Pour les femmes, l’exercice aérobie améliorait les performances lors de plusieurs tests de la fonction exécutive […] pour les femmes âgées à haut risque de déclin cognitif ».

[3] Selon Blumenthal & col. (2012) « […] l’exercice est efficace pour améliorer les symptômes dépressifs chez les patients souffrant de dépression majeure […] ».

Conclusion

La maladie d’Alzheimer est caractérisée par des troubles de la mémoire à court terme, des difficultés à accomplir des tâches familières, une désorientation, des changements d’humeur et même de personnalité, une perte de motivation, des problèmes de langage, des difficultés à suivre une conversation, une perte de coordination motrice et une diminution de l’autonomie.

Bien que des traitements paraissent pouvoir aider à ralentir la progression de la maladie et à soulager certains symptômes (il n’y a cependant, aucun résultat d’étude qui en établisse scientifiquement la preuve), il n’existe actuellement aucun traitement curatif contre la maladie d’Alzheimer.

L’activité physique ne peut pas guérir la maladie d’Alzheimer, mais elle peut aider à réduire les risques de la développer et à ralentir la progression de la maladie.

En effet, des études ont montré que les personnes qui sont physiquement actives ont un risque plus faible de développer la maladie d’Alzheimer que celles qui sont sédentaires (e.g. : Hamer & Chida, Op. cit. ; Buchman & Col., Op. cit.).
Mais, incitant à optimiser toutes composantes de l’hygiène de vie, une autre revue de littérature (Daviglus & col., 2011) pondère l’idée que l’activité physique puisse être le principal facteur bénéfique.

« Le diabète sucré, l’hyperlipidémie au milieu de la vie et l’usage actuel du tabac étaient associés à un risque accru de MA [Maladie d’Alzheimer], et un régime alimentaire de type méditerranéen, la consommation d’acide folique, une consommation d’alcool faible ou modérée, les activités cognitives et l’activité physique étaient associés à une diminution du risque.

La qualité des preuves était faible pour toutes ces associations […]

Actuellement, les preuves sont insuffisantes pour tirer des conclusions définitives sur l’association de tout facteur modifiable avec le risque de MA ».
Pour autant, Rolland & col. (Op. cit.) considèrent que « la prévention de la maladie d’Alzheimer pourrait être basée sur des règles régissant les habitudes de vie telles que l’alimentation, l’activité cognitive et l’activité physique ».

Rachid ZIANE

Références :