Par Alexis Kopp

Les orques sont les prédateurs les plus dangereux des océans… sauf quand ils croisent cet animal et on ignore pourquoi – Edition du soir Ouest-France – 11/08/2026

Le super prédateur au sommet de la chaîne alimentaire océanique semble redouter les rencontres avec les globicéphales, mammifères marins pourtant beaucoup plus petits que lui.

Un simple cri suffit parfois à l’éloigner. Pourquoi ?

Les scientifiques ne parviennent pas à l’expliquer, malgré de nombreux travaux ces vingt dernières années.

Les orques règnent en maîtres sur les océans.

Animal puissant et futé, ce super-prédateur au sommet de la chaîne alimentaire n’hésite pas à s’en prendre au grand requin blanc, qui a fait les beaux jours des Dents de la mer, et même, depuis quelques années, à des bateaux de plaisanciers.

Jusqu’à les couler.

Et pourtant, comme le raconte Géo, il semble pris de panique dès qu’il croise la route d’un autre cétacé, étonnement bien plus petit : le globicéphale noir.

Si les scientifiques ignorent encore pourquoi, ils s’intéressent aux interactions entre les deux espèces depuis une vingtaine d’années, en particulier dans l’Atlantique Nord.

En 2012, une première étude, pilotée par Charlotte Curé, spécialiste en bioacoustique marine, constate que les globicéphales modifient leurs trajectoires et leur comportement lorsqu’ils détectent les vocalises d’orques en train de se nourrir de harengs.

Contre toute attente, au lieu de prendre leurs distances avec ces bruits signalant un prédateur en plein repas – et donc un potentiel danger – les globicéphales s’y dirigent en groupe, comme attirés.

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Courses-poursuites et cri d’horreur

Plus étonnant encore : des observations postérieures constatent que les orques fuient la venue des globicéphales – parfois simplement en entendant leurs cris.

Dans certains cas, une course-poursuite s’engage entre les deux groupes.

Des rencontres et des comportements qui ne semblent pas être le fruit du hasard, puisque des travaux supplémentaires, menés par Charlotte Curé en 2019, prouvent que les globicéphales sont capables de reconnaître les sons émis par les orques.

Ils resserrent alors les rangs, arrêtent de se nourrir, quittent la surface pour les profondeurs et se dirigent vers la source sonore.

Des globicéphales à longues nageoires. (Photo: eco2drew via Getty Images/iStockphoto)

Une autre étude, menée par la biologiste marine Anna Selbmann et parue dans Springer Nature, le 7 juin 2022, a permis de quantifier le phénomène pour la première fois, grâce à des observations étalées entre 2007 et 2020.

Résultat, 68 % des orques s’éloignent quand les chercheurs diffusent le cri du globicéphale dans l’eau, et 28 % accélèrent leur vitesse.

La preuve que les réactions peuvent varier.

Ils ont aussi tendance à nager côte à côte, en groupe, pour limiter les espaces entre les membres et coordonner leurs déplacements, le plus souvent en silence, après une courte période d’augmentation des vocalisations, peut-être pour alerter les congénères, détaille une nouvelle étude dirigée par Anna Selbmann dans la revue Nature, en janvier 2026.

Un comportement observé chez d’autres mammifères marins comme une réaction face à la présence d’un prédateur.

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« Les orques peuvent interrompre leur alimentation et dépenser une énergie considérable pour éviter les stimuli, ce qui peut engendrer des coûts énergétiques », notent encore les chercheurs, qui démontrent « que les orques présentent une réaction aversive aux sons émis par les globicéphales ».

Mais les scientifiques ne sont toujours pas parvenus à comprendre pourquoi.

Plusieurs hypothèses

Parmi les hypothèses avancées, il y a la compétition pour une même ressource alimentaire entre les deux espèces.

Selon Anna Selbmann, cette théorie est envisageable mais peu probable.

En Islande, par exemple, les orques de la région se nourrissent principalement de harengs, tandis que les globicéphales se nourriraient surtout de calamars, comme le rapporte un article du Smithsonian Magazine.

Quand ils entendent des cris émis par les orques, les globicéphales changent de direction et resserrent les rangs pour se diriger vers la zone d’émission sonore. (Photo : Velvetfish / Getty Images)

« L’autre théorie est celle d’un comportement de harcèlement collectif contre les prédateurs », explique Anna Selbmann.

« De nombreux animaux chassent leurs prédateurs en groupe pour les priver de l’effet de surprise.

Par exemple, les suricates jettent du sable sur les serpents. »

Les globicéphales appliqueraient cette tactique contre les orques, en les chassant préventivement grâce à la force du nombre.

Mais cette théorie aussi a ses limites : aucune attaque physique directe de globicéphales contre des orques n’a été documentée, malgré les nombreuses rencontres observées, précise Géo.

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Mieux, au large de l’Islande, à quelques reprises, des jeunes globicéphales solitaires ont été observés en train de nager ou de chasser au sein d’un groupe d’orques, sans qu’aucun comportement agressif ou craintif ne soit à signaler de part et d’autre, raconte Sciences et Avenir.

Est-ce une forme d’aide, commandée par un instinct parental transcendant les différences ?

Là encore, les scientifiques tâtonnent.

Ces interactions surprenantes ont au moins le mérite de rappeler que dans la nature, ce n’est pas toujours le plus fort qui gagne.

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