
Par Mathilde GUILBAUD.
En seulement cinq jours, une alimentation ultratransformée et riche en calories détériore la réponse du cerveau à l’insuline, régulateur de l’appétit, et modifie les comportements alimentaires des hommes, selon une étude récente.
« Pour votre santé, évitez les aliments trop gras, trop sucrés, trop salés » : cette phrase résonne encore dans les spots publicitaires.
C’est pourtant le contraire de ce slogan de santé publique qu’on a demandé d’appliquer à un panel d’hommes en bonne santé pendant cinq jours, pour comparer les effets de l’alimentation hypercalorique sur le cerveau à ceux d’un régime alimentaire sain.
Résultat : même à court terme, la malbouffe accroît les risques d’obésité et de diabète, en altérant le cerveau et la relation à la nourriture, selon une étude parue le 21 février dans la revue Nature metabolism et relayée par le site d’information spécialisé dans le domaine de la santé Pourquoi Docteur.
« Je ne m’attendais pas à ce que l’effet soit aussi clair », explique à Nature la neuroscientifique Stephanie Kullmann de l’université de Tübingen, en Allemagne, qui a dirigé l’étude.
Des données qui n’ont cependant pas été comparées avec un groupe similaire de femmes pour l’instant.
Et les conclusions pourraient être un peu différentes dans leur cas : l’action de l’insuline sur l’appétit et le métabolisme dépendent du cycle menstruel et pourraient fluctuer selon leurs hormones, d’après une autre étude parue dans Nature metabolism.
Moins tentés par la salade verte
En fait, quand vous prenez une bouchée de votre déjeuner, l’insuline, hormone produite par le pancréas, agit sur le cerveau de manière à réduire l’appétit progressivement.
Ainsi, la résistance à l’insuline est une des caractéristiques communes de l’obésité et du diabète de type 2 : l’hormone ne régule plus correctement le métabolisme et le comportement alimentaire.
« Une vie sédentaire associée à un apport important de sucres raffinés est le chemin le plus rapide vers la perte de sensibilité à l’insuline », écrivent les chercheuses et chercheurs.
Mais qu’en est-il de cinq jours ? Chocolat, chips, bonbons…
Les vingt-sept participants en bonne santé de cette étude se sont empiffrés sur cette courte période, et la réactivité à l’insuline de leur cerveau en a pris un coup.
De plus, leur relation à la nourriture a été perturbée.
Les circuits de récompenses qui s’activent dans le cerveau au moment de manger ont été modifiés : la sensibilité aux récompenses est réduite tandis que la sensibilité aux punitions est accrue.
C’est-à-dire qu’une belle salade ou une poêlée de légumes avait l’air moins appétissante.
Ainsi, même à court terme, la réponse cérébrale à l’insuline s’adapte aux changements alimentaires avant même la prise de poids et pourrait faciliter le développement de l’obésité et des maladies associées.
Augmentation du risque d’obésité
Ces conséquences se sont cependant effacées chez les participants au bout d’une semaine de retour à la normale.
Ainsi, si l’on en croit l’étude, pas de panique si vous enchaînez les apéros et repas copieux pendant quelques jours, tant que vous reprenez une alimentation saine peu après.
Les scientifiques ont reconnu que le groupe testé était pour l’instant trop restreint pour en faire une généralité, d’autant plus qu’il ne concerne que des individus masculins en bonne santé.
Le physiologiste Christophe Buettner de la Rutgers Robert Wood Johnson Medical School à New Brunswick (États-Unis) a souligné les limites de la méthode employée dans Nature, ce que la directrice d’étude a contesté.
Par contre, sur le long terme, les effets d’une surconsommation de sucreries sont plus visibles : il a été démontré, dans une autre recherche parue dans Cell Matabolism, que la consommation quotidienne de collations sucrées et grasses pendant huit semaines diminue la préférence pour les aliments faibles en gras.
Même sans aller jusqu’à l’extrême de Super Size Me, documentaire dans lequel le réalisateur Morgan Spurlock se nourrissait exclusivement au fast-food McDonald pendant un mois… avec des effets délétères sur sa santé.
Quand on aime, on compte moins, surtout quand c’est gras.
Lire aussi : La malbouffe dans l’enfance peut avoir des répercussions à l’âge adulte
Lire aussi : Supermarchés : moins chères, les marques distributeurs sont-elles de bonne qualité ?