Accueil Course au large Vendée Globe

Photographié quelques jours avant le départ du Vendée Globe Challenge, tout Jean-François Coste, adepte de l’autodérision.
Il va mettre ce temps pour boucler son tour du monde… | BRUNO ASTORG / ALEA
Voiles et Voiliers – Didier Ravon
Modifié le 13/07/2026 à 12h30
Jean-François Coste est mort : salut Costo !
Il a disputé le 1er Vendée Globe 1989-1990 sur Pen Duick III rebaptisé Cacharel, terminant 7e et dernier après 163 jours de mer, à 6,26 nœuds de moyenne… soit 99 jours de plus que Charlie Dalin, vainqueur 35 ans plus tard à la moyenne de 17,79 nœuds… « Costo » vient de nous quitter à 75 ans.
Dans le landerneau de la course au large, tu dérogeais, et ça t’allait si bien.
Je te vois encore, toujours à la même table à droite de l’entrée du café de l’Industrie dans les années 90, un bar-restaurant branché très parisien à deux pas de Voiles et Voiliers, près de la place de la Bastille.
Dans ton blouson type Corto Maltese, le plus souvent, tu attendais tes potes de toujours, Titouan (Lamazou) et Philippe (Poupon) pour déjeuner ou boire un coup.
Parfois, Florence (Arthaud) venait aussi se joindre à vous. Tu étais là incognito, et ça t’allait si bien.
Jeune médecin mais bien sûr aussi marin, tu avais disputé à 25 ans et avec Titouan et Philou la Whitbread 1977-1978 (la course autour du monde en équipage) sur Pen Duick VI skippé par Éric Tabarly.
Puis en 89, une lubie t’a pris.
Tu voulais à tout prix disputer ce premier Vendée Globe avec tes copains Titouan et Philou. Problème, tu n’avais pas de bateau.

Cacharel dans la « plume » aux Sables-d’Olonne en entraînement quelques jours avant le grand départ du tour du monde. | JACQUES VAPILLON / ALEA

Lors du départ du premier Vendée Globe, voiles arrisées dans une forte brise de terre polaire ! | DIDIER RAVON / ALEA
Tu as alors demandé à Éric Tabarly si tu pourrais lui emprunter Pen Duick III que tu connaissais bien pour l’avoir préparé pour Philou lors de la 1re Route du Rhum en 1978 à Saint-Malo.
Tabarly t’a dit « banco », te précisant qu’il y avait néanmoins quelques travaux à prévoir…
Dessiné par Éric Tabarly lui-même, Pen Duick III, goélette en alliage d’aluminium – du Duralinox AG4 – de 17,45 mètres, construite par le chantier La Perrière à Lorient avait notamment dominé toute la saison 1967, remportant le championnat du RORC, le Fastnet puis Sydney-Hobart.
Mais pour ce premier Vendée Globe, la « grande dame » était juste totalement dépassée… Tu t’en fichais.
Ce que tu voulais, c’était de faire ce voyage.
Lors d’un récent appel, tu m’as rappelé des anecdotes ne manquant pas de sel : « avec Éric, nous signons juste sur une feuille A4 un contrat de prêt à usage.
Je suis alors en contact avec Jean Bousquet, PDG de Cacharel, et maire de Nîmes.
Il me demande si j’ai des chances de gagner ! Je lui réponds tout de go : absolument aucune !
Mais il décide quand même de me sponsoriser.
Le bateau est fatigué suite notamment à des problèmes d’électrolyse.
Il faut changer des tôles… et l’adapter pour le solitaire ».
Pen Duick III, son étrave à guibre caractéristique, et qui est désormais gréé en ketch, navigue sous les couleurs de la fameuse collection Liberty.
Le 26 novembre 1989, jour du départ, le vent de Nordet puissant est glacial.

À Tahiti en 1976 lors d’une escale du Pen Duick de Tabarly. De gauche à droite : Jean-François Coste, Philippe Poupon, Jean-Louis Étienne, Titouan Lamazou. | ARCHIVES LAMAZOU
Avant de larguer les amarres, tu vas saluer un à un tes adversaires sur le ponton, leur offrant un pull de ton partenaire et un livre – Le petit prince de Saint-Exupéry pour la plupart…
Tu avoues n’avoir jamais su partir, ratant même régulièrement ton train à Montparnasse.
Là, tu as carrément oublié ton rouleau de cartes marines du SHOM à l’hôtel, et c’est ta copine qui file les chercher en catastrophe ! Il n’y a encore ni cartographie électronique, ni GPS.
Quelques heures après le départ, tu rebrousses chemin en proie à des ennuis de pilote automatique, déclarant « de toute façon, je ne savais pas m’en servir ! »
Tu repars loin derrière, et durant ta longue circumnavigation, tu vas notamment nous régaler par tes chroniques dans le quotidien Libération.
On dirait que tu es tombé amoureux de ce bateau. « C’est une vraie mobylette !
Il est facile, et gentil en plus ! Il tient bien la cape dans le mauvais temps. »
Tu découvres dans l’Atlantique Sud que tu n’es pas tout à fait en solitaire.
Tu as embarqué des cafards en chargeant des cartons de vivres frais, et qui vont disputer avec toi le tour du monde entre les varangues.
Lors des vacations avec le PC Course via Saint-Lys radio, et quand ça marche, tu dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas : « le bruit du flanc tombant dans le trou des vagues, ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça planter des pieux ! »

Dessin de Coste par Lamazou lors du 1er Vendée Globe. | ARCHIVES LAMAZOU
À l’issue du Vendée Globe, tu emmènes Pen Duick III en Méditerranée, disputant notamment la Nioulargue avec quelques copains dont Titouan Lamazou.
J’ai la chance d’en être. Un souvenir formidable, même si nous « ramassons les bouées » !
Tu avais fait une croix sur la voile, coulant des jours heureux dans le centre de la France en Sologne, en pleine campagne.
Tu avais ce côté Moitessier, un sens marin inné, une plume exceptionnelle, et ce côté humble, apanage des grands.
Tu vas nous manquer Costo.
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