Ariane Lacoursière Équipe d’enquête, La Presse, jeudi 18 juin 2026
Installation de défibrillateurs | Québec exhorté à presser le pas
Un défibrillateur externe automatisé
Il y a un an, un résidant d’une ressource intermédiaire de Montréal est mort d’un arrêt cardiaque. L’établissement ne possédait pas de défibrillateur externe automatisé.
Dans un rapport publié mercredi, la coroner Julie-Kim Godin presse Québec d’agir afin de s’assurer que les établissements hébergeant une clientèle à risque possèdent de tels appareils.
« La pertinence et les bénéfices d’avoir un défibrillateur externe automatisé (DEA) ne sont plus à faire, surtout par rapport au coût raisonnable d’acquisition », écrit la coroner.
Me Godin plaide que dans ces milieux d’hébergement, les DEA devraient être considérés comme un équipement de sécurité de base « au même titre que des extincteurs, un EpiPen ou de la naloxone dans un centre d’injection supervisée ».
« Ces dispositifs répondent à des situations relativement rares, mais susceptibles d’entraîner rapidement le décès si aucune intervention immédiate n’est faite », écrit-elle.
Président de la Fondation Jacques-de Champlain, qui veut optimiser l’accès aux DEA au Québec, le Dr François de Champlain juge « complètement illogique que des établissements qui hébergent une clientèle qui est statistiquement plus à risque n’aient pas de DEA ».
Il explique qu’un DEA est « un appareil à brancher sur une personne qui est en apparence en arrêt cardiaque ».
La machine est facile à utiliser. Elle fait l’analyse du rythme cardiaque et te dit si tu dois choquer ou pas.
le Dr François de Champlain
Même si des progrès ont été faits au Québec et qu’un registre national volontaire existe, où plus de 11 800 DEA sont répertoriés, « on estime que ça [en] prendrait 40 000 pour bien répondre partout au Québec », affirme le Dr de Champlain.
Ce dernier précise que Québec a distribué 1000 appareils dans différents établissements ces dernières années, dont des caisses Desjardins.
Pas de DEA
Le matin du 13 juillet 2025, Monsieur M. présente une transpiration abondante et des difficultés respiratoires.
L’homme avait un lourd dossier médical, peut-on lire dans le rapport de la coroner Julie-Kim Godin.
Il était dépendant à certaines drogues et était atteint de troubles mentaux sévères.
Il avait vécu en situation d’itinérance dans le passé, mais habitait depuis environ un an dans la ressource intermédiaire l’Étape-Pavillon Gouin dans l’ouest de Montréal.
En début d’après-midi, le 13 juillet 2025, Monsieur M. ne va pas mieux.
Son pouls est faible. Un employé de la ressource intermédiaire appelle le 911 à 13 h 47.
Plus d’une heure s’écoulera avant que les secours n’arrivent.
Sur place, il n’y a aucun DEA pour aider Monsieur M., ce qui « a rendu toute défibrillation impossible », écrit la coroner. Celle-ci note que les ressources intermédiaires, comme les résidences pour aînés, ne sont pas obligées d’avoir des DEA au Québec, même si ces milieux d’hébergement « accueillent une clientèle vulnérable ».
Le Plan d’action gouvernemental du système préhospitalier d’urgence 2023-2028 mentionnait que le gouvernement voulait adopter un projet de loi encadrant l’accès public aux DEA, indique la coroner.
Or, les travaux de ce projet de loi ont été suspendus, note Me Godin.
Selon le Dr de Champlain, une telle loi permettrait de sauver 200 vies par année.
« [Le dépôt d’un projet de loi] devait se faire avant la fin de 2026.
Mais ça n’a pas été fait dans le dernier blitz gouvernemental qui se termine.
On est très, très déçus de ça. C’est inconcevable », dit le Dr de Champlain.
Dans son rapport, Me Godin rapporte que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dit ne pas disposer de données suffisantes pour obliger les ressources intermédiaires et les résidences pour aînés à se doter de DEA.
« Il invoque également que l’acquisition, l’entretien et la gestion d’un DEA pourraient représenter des contraintes financières pour ces milieux », écrit-elle.
Pour la coroner, le fait que les données ne soient pas complètes « ne devrait pas conduire à l’inaction ».
Elle recommande plutôt au MSSS de s’assurer, en attendant de collecter les données nécessaires, « que tout ce qui est raisonnablement requis pour protéger les usagers vulnérables soit mis en place ».
Elle propose aussi de s’inspirer de la France, où les DEA sont obligatoires dans les résidences pour aînés et les ressources accueillant des personnes handicapées.
Plus de 80 minutes d’attente
Outre l’absence de DEA, d’autres facteurs ont eu « un impact direct et défavorable sur les chances de survie » de Monsieur M., écrit la coroner.
Car aucun premier répondant, par exemple des pompiers, n’a été envoyé au chevet du patient en attendant l’arrivée de l’ambulance à cause d’un « problème dans les protocoles d’appels d’Urgences-santé ».
Me Godin explique qu’une liste existe à Urgences-santé énumérant les établissements où l’envoi de premiers répondants n’est pas nécessaire.
Il peut s’agir par exemple de CHSLD où l’on trouve des infirmières.
La ressource où demeurait Monsieur M. figurait par erreur sur la liste d’exclusion d’Urgences-santé.
« La liste n’avait pas été mise à jour », écrit la coroner.
Urgences-santé a révisé cette liste depuis.
Mais la coroner recommande de réviser cette liste régulièrement.
Enfin, il s’est écoulé 80 minutes entre le premier appel au 911 et l’arrivée de l’ambulance.
Car un employé d’Urgences-santé a par erreur fermé l’appel dans le système sans qu’une ambulance ait été envoyée. « Cette annulation d’appel s’est produite dans le contexte de l’implantation récente d’un nouveau logiciel de répartition », écrit la coroner.
Une analyse approfondie de ce qui s’est passé est en cours, ajoute-t-elle.
Mais pour elle, « le délai avant l’arrivée des services préhospitaliers souligne d’autant plus l’importance d’une intervention précoce avec un DEA par les personnes présentes sur les lieux ».
Le Dr de Champlain précise que l’ambulance arrive en moyenne en 13 minutes au Québec pour les cas les plus urgents.
Pour chaque minute d’attente pour une personne en arrêt cardiaque, le taux de mortalité augmente de 10 %.
« Il faut prendre en charge les premières minutes des arrêts cardiaques avec la communauté, plaide-t-il.
Un DEA, ça coûte 1500 $. Ce n’est pas comme devoir installer des gicleurs partout. »
« La plupart des RI qui accueillent des personnes âgées en perte d’autonomie ont des DEA », affirme pour sa part Simon Telles, porte-parole de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec.
Mais selon lui, chaque milieu doit évaluer si la présence de DEA est nécessaire ou non en fonction de la clientèle et du nombre de résidants.
En savoir plus
- 9000
Nombre de personnes victimes chaque année d’un arrêt cardiaque au Québec
Source : Bureau du coroner
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L’utilisation rapide d’un DEA triple les chances de survie d’une victime d’arrêt cardiaque.
site de la Fondation Jacques-de Champlain
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