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Que l’on parte seul, en couple, entre amis ou avec une famille nombreuse, un coup de main ou un peu de répit seront toujours les bienvenus à certaines étapes du voyage.

Équipiers, famille, routeurs ou rallyes : comment se faire aider sans se faire déborder ?

Un Rustler 42 à l’arrivée du rallye ARC.

Un Rustler 42 à l’arrivée du rallye ARC. | TIM WRIGHT

Delphine FLEURY. Publié le 09/05/2025 à 06h30

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Grande croisière. Équipiers, routeurs, rallyes : l’art de bien s’entourer

La vie en bateau n’est pas toujours aussi idyllique qu’on l’imagine.

La vigilance de tous les instants qu’elle réclame – pour le bateau, les enfants, la météo – peut à la longue être fatigante.

L’inconfort, la promiscuité, le mouvement perpétuel sont parfois usants et peuvent faire naître des tensions dans l’équipage.

Et si l’inquiétude s’en mêle, tous les ingrédients sont rassemblés pour que la situation dégénère.

Combien de voyages en voilier se sont arrêtés avant même d’avoir été réellement entamés ?

On n’entrera pas ici dans le secret des couples : à chacun son équilibre et son mode de fonctionnement.

Mais il peut être utile d’identifier avant de partir les points de crispation, les sources d’angoisse ou les limites de chacun, afin de désamorcer les conflits avant qu’ils ne pointent leur nez.

On peut aussi compter sur des soutiens extérieurs, sur le renfort d’équipiers ou sur la visite d’amis et de famille pour souffler un peu… à condition de poser des règles pour que cela ne vire pas au pugilat !

Recevoir la famille, les amis

Cela fait souvent partie du « contrat de voyage » : on part au bout du monde, d’accord, mais on recevra nos grands enfants, nos parents ou nos amis à bord, lors de certaines escales prédéfinies.

Outre le plaisir de se retrouver et de partager de bons moments, ce sera l’occasion pour eux de passer des vacances de rêve, et pour vous, de rompre avec une forme de routine.

Mais quelques précautions s’imposent pour éviter les frictions et ne pas se mettre en danger.

Accueillir amis et famille, dans de bonnes conditions !

Le pire ennemi du marin, c’est l’agenda.

Il faut donc veiller à choisir des destinations et définir des points d’arrivée et de départ qui ne soient pas trop compliqués à atteindre en bateau et qui disposent d’infrastructures d’accueil suffisantes pour que vos visiteurs puissent vous y attendre si vous n’êtes pas là le jour J.

Il faut aussi s’assurer que les moyens de transport pour s’y rendre offrent une certaine latitude, pour ne pas être tributaire d’un seul vol ou bus par semaine, ou d’un billet non échangeable ni remboursable.

Prévoir également de la marge pour ne surtout pas se retrouver à braver le mauvais temps ou à prendre des risques à cause d’un avion à prendre.

Adapter son programme et ses temps de navigation.

Les gens qui viennent passer un séjour à bord comptent bien profiter des vacances et de votre présence, mais ne sont pas forcément fans des longues navigations inter-îles dans des alizés musclés.

Quelques sauts de puce d’un mouillage à l’autre, avec baignades et visites à terre, seront souvent bien plus appréciés.

Prévoir de libérer une cabine ou d’aménager provisoirement dans le carré afin que vos visiteurs aient un peu d’intimité – surtout s’ils n’ont pas l’habitude de la vie en bateau.

Leur faire aussi de la place pour ranger leurs affaires : pas question de passer quinze jours à enjamber les sacs, ou alors le désordre finira par taper sur les nerfs de tout le monde.

LIRE AUSSI : INTERVIEW. « Je ne suis pas du genre à subir la météo » confie le routeur Jean-Yves Bernot

Aux îles Cocos dans l’océan Indien. | GLYWO

Prendre des équipiers en renfort

Pour de longues navigations comme la transatlantique ou la traversée du Pacifique, il peut être intéressant d’embarquer un ou plusieurs équipier(s) afin de partager les quarts et, éventuellement, de se rassurer en sollicitant un navigateur plus expérimenté.

Compétences et expérience ne garantissant pas la compatibilité d’humeur, il faut bien choisir les personnes avec qui l’on va devoir vivre et naviguer 24 h/24.

Dans le cas d’un équipier trouvé sur internet, d’un skipper professionnel ou d’un bateau-stoppeur, on évitera de l’embarquer la veille du départ en transat : mieux vaut prévoir quelques jours d’essai pour vérifier que le courant passe bien.

Avec des enfants à bord, on peut aussi – si la taille du bateau le permet – accueillir une personne qui aidera aux tâches quotidiennes, à la garde des enfants, et même à l’école, pourquoi pas ?

Il peut également être judicieux de prévoir quelques pauses pour des séjours à terre, et si on a des relais familiaux, de profiter de la venue des grands-parents, par exemple, pour souffler une soirée ou même quelques jours à deux.

Et pourquoi pas changer d’équipage en cours de route ?

Quand tout le monde n’a pas le même goût pour les longues traversées ou ne dispose pas du temps suffisant, les moins motivés ou disponibles peuvent aussi prendre un joker et laisser leur place.

Sur un tour de l’Atlantique, il est assez fréquent qu’une partie de l’équipage fasse le retour en avion.

Même si le bilan carbone de l’opération ne nous incite pas à l’encourager, ce sera toujours mieux que de subir une navigation dont on n’a pas envie et cela laissera à d’autres la possibilité d’expérimenter une navigation hauturière.

LIRE AUSSI : INTERVIEW. Victime d’un viol, une équipière crée un réseau d’entraide entre navigantes

Rassurant. Briefing météo collectif avant le départ en transat pour les participants à l’ARC. | JAMES MITCHELL/ARC +

Faire appel à un routeur

L’un des plus gros sujets de stress en bateau, c’est la météo, qui réclame une attention permanente.

Même si l’on a des compétences en la matière et des outils à disposition (logiciels de routage), on peut se faire aider ponctuellement par un routeur extérieur lorsque les conditions ou le trajet le justifient.

Cela peut être rassurant pour de longues traversées durant lesquelles des dégradations sont possibles, ou sur des parcours plus engagés dans des zones polaires ou peu fréquentées.

Avec Christian Dumard (société Marine Weather Intelligence), qui route aussi bien des coureurs que des navires marchands et des plaisanciers, il faut compter environ 600 à 800 euros par traversée, que ce soit pour une traversée de l’Atlantique dans les alizés, une transat retour ou une traversée entre le canal de Panama et les Marquises.

LIRE AUSSI : Météo : le calendrier du parfait bateau-stoppeur selon Christian Dumard

On peut partir en flotte, comme ici au départ de l’ARC +, pour la convivialité et la sécurité. | JAMES MITCHELL/ARC +

S’inscrire à un rallye

Peur de se lancer seul, besoin de se rassurer avec une organisation, désir d’ajouter une pointe de compétition ou simplement envie de faire des rencontres : les raisons sont nombreuses de se rallier à un rallye.

En participant à ces navigations en flotte – que ce soit pour quelques semaines ou sur un tour du monde de plusieurs années – on bénéficie en effet d’une organisation rassurante, avec un contrôle du matériel de sécurité avant le départ, un système de suivi satellite, des briefings météo et des bulletins quotidiens.

Sans oublier le fait que l’on navigue en groupe et qu’il y aura donc toujours quelqu’un de proche en cas de souci.

Naviguer en rallye : toujours proches en cas de souci.

Le rallye permet aussi de se délester de quelques corvées, telles que la réservation de places de port (les escales au départ et à l’arrivée ou aux étapes sont comprises dans le prix), les formalités administratives, ou la recherche de professionnels pour la maintenance ou les réparations, puisqu’ils sont souvent déjà sur place, de même que de nombreux SAV de chantiers.

Les inconvénients ? Le prix, qui n’est pas négligeable, et le manque de flexibilité avec des départs à date fixe.

Et, bien sûr, l’effet de groupe, la navigation en meute n’étant pas du goût de tout le monde. À vous de voir !

PRINCIPAUX RALLYES AU DÉPART D’EUROPE

L’ARC : UNE INSTITUTION

L’Atlantic Rally for Cruisers, le rallye anglo-saxon organisé par le World Cruising Club, est le plus ancien et le plus populaire des rallyes, avec chaque année plus de 200 bateaux au départ de la traversée de l’Atlantique entre les Canaries et les Caraïbes – au point qu’un second parcours via le Cap-Vert (rallye « ARC + ») a dû être créé pour accueillir tous les participants.

Où ? Entre les Canaries (Las Palmas) et Sainte-Lucie (Petites Antilles).

Pour qui ? Tous les bateaux à voile de plus de 27 pieds (8,23 mètres) avec au minimum deux personnes à bord.

Quel prix ? Environ 1 800 euros pour un voilier de 12 mètres avec deux personnes, 192 euros par équipier supplémentaire.

Et aussi : l’ARC + via le Cap-Vert, le World ARC autour du monde, l’ARC Europe d’Ouest en Est…

Tous nos articles sur l’ARC

LES ÎLES DU SOLEIL : LE FRANÇAIS OUVERT À TOUS

Le Rallye des îles du Soleil, organisé depuis 2017 par Grand Pavois Organisation (GPO), se veut avant tout convivial et n’a pas de classement sportif. Il peut accueillir jusqu’à 50 bateaux.

Où ? Entre les Canaries (La Palma) et Marie-Galante, avec escale à Mindelo au Cap-Vert.

Pour qui ? Les voiliers habitables monocoques et multicoques de plus de 10 mètres.

Quel prix ? 2 750 euros pour un voilier de 12 mètres avec deux personnes, 350 euros par équipier supplémentaire.

LE RALLYE GLY WORLD ODYSSEY : DOMAINE RÉSERVÉ

Un rallye autour du monde sur 30 mois, conçu et organisé par le Groupe Grand Large Yachting et réservé aux propriétaires de bateaux des marques du groupe : Allures, Garcia, Gunboat, ORC, Outremer, RM. La première édition est en cours, une deuxième partira à l’automne 2025.

Où ? Autour du monde, au départ de France avec un parcours principal classique par les Antilles et le canal de Panama, une route alternative par le Brésil et Ushuaia. Puis les deux flottes se regroupent dans le Pacifique.

Pour qui ? Les propriétaires de voiliers Allures, Garcia, Gunboat, ORC, Outremer, RM.

Quel prix ? Non communiqué.

Prochain départ : novembre 2025.

Et aussi : le GLY Nordic Odyssey 24, de décembre 2024 à septembre 2025, sur un parcours Canaries – Açores – Irlande – Écosse – Norvège – Suède – Danemark – Londres – France et Portugal.

Une famille au départ de l’ARC +. | JAMES MITCHELL/ARC +

ENTRETIEN. MICHEL MEULNET, SEAROUT

Routeur météo et formateur en météo marine.

Voiles et Voiliers : Quel est l’intérêt pour un plaisancier qui part en voyage de faire appel à un routeur ?

Michel Meulnet : Le but du service est bien sûr la sécurité. On est en croisière, pas en course, donc on laisse de côté les stratégies de performance pour chercher une route sûre du point de vue météo et un confort de navigation, tant au niveau du vent que de la houle.

Voiles et Voiliers : Il y a donc au préalable une définition des priorités, en fonction du type de bateau, du niveau de l’équipage et du nombre de personnes à bord ?

Michel Meulnet : Tout à fait. Avant le départ on a un ou plusieurs entretien(s) pendant le(s) quel(s) on définit les critères de navigation : on détermine des limites de vent ou des limites de vagues à respecter pour conserver une navigation confortable, en fonction du type de bateau et de l’expérience des équipages.

Voiles et Voiliers : Que leur apportez-vous ensuite, pendant la navigation ?

Michel Meulnet : On est en contact au quotidien. Tous les jours, j’apporte des informations météo détaillées et analysées, qui décrivent la progression sur quatre jours et incluent des conseils de route qui tiennent compte des critères qu’on a déterminés et des conditions météo.

Sécurité. Chaque jour, Michel Meulnet envoie une prévision météo personnalisée aux plaisanciers qu’il route. | D.R.

Voiles et Voiliers : Sous quelle forme ces informations sont-elles délivrées ?

Michel Meulnet : Je livre un petit message sous forme de bulletin météo, en texte clair, qui est très facilement récupérable en dehors des réseaux terrestres via une liaison satellitaire. Ça permet d’avoir une trace. J’encourage aussi le navigateur à regarder la météo de son côté et à faire sa propre analyse, qu’il va venir caler avec ce que j’envoie. Cela permet de discuter, d’échanger et c’est très utile lorsqu’il y a des décisions à prendre.

Voiles et Voiliers : Est-ce qu’il y a des parcours sur lesquels ce routage est plus intéressant ou plus pertinent que sur d’autres ?

Michel Meulnet : Bien sûr : toutes les zones qu’un navigateur ne connaîtrait pas particulièrement et celles où cela peut être un peu délicat. Dès que l’on monte vers le Nord – Irlande, Écosse, Norvège, Islande – ce sont des destinations qui sont très exposées aux passages des dépressions. Pareil quand on descend dans des latitudes très Sud. Plus classiquement, c’est aussi la transat « retour » : le retour des Antilles est toujours un peu plus délicat que l’aller, à cause des dépressions qui pourraient survenir. Il faut une très grande vigilance pour ne pas passer à côté de quelque chose.

Voiles et Voiliers : Si un phénomène inattendu ou extrême se présente, vous avez les moyens d’alerter le navigateur suffisamment en avance ?

Michel Meulnet : Exactement. Si j’envoie des informations sur la route à quatre jours au navigateur, j’ai des simulations qui tournent avec des modèles jusqu’à 8, 10, 12 jours, de façon à avoir une vision très large de ce qui peut se passer dans les jours suivants. Ce qui est un peu plus compliqué à obtenir à bord avec une liaison satellitaire. Et puis il y a toute la partie interprétation, qui prend du temps, et il faut aussi les connaissances nécessaires pour être dans le vrai.

Voiles et Voiliers : Quel est le budget à prévoir pour un routage ?

Michel Meulnet : Cela peut être très variable. J’ai un barème qui tient compte du type de bateau, du trajet, de la zone bien sûr et de la période. Pour une transat retour Antilles-Açores, c’est entre 500 et 600 euros. Comme on ne sait pas à l’avance combien de temps le trajet va durer, ce n’est pas au nombre de jours, c’est une formule forfaitaire pour le trajet, quelle qu’en soit la durée.

Searout’ : http://www.searout.fr/ searout1.2_006.htm

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