Accueil Course au large tour du monde en solitaire

Les concurrents de la prochaine Global Solo Challenge autour du monde en solitaire quitteront l’Espagne à partir de septembre prochain en ordre dispersé en vue d’une arrivée groupée à leur point de départ en fonction du rating de leur monocoque.

Vainqueur de l’édition 2028 de la Golden Globe Race, un autre tour du monde en solitaire à l’ancienne, et multirécidiviste du tour du monde en course en solitaire dans les deux sens, Jean-Luc Van Den Heede dispense ses conseils aux futurs concurrents.

Sur un mur de son appartement des Sables-d'Olonne, Jean-Luc Van Den Heede a marqué sur une carte ses différents passages du cap Horn. Une image contenant Police, logo, Graphique, texte

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Sur un mur de son appartement des Sables-d’Olonne, Jean-Luc Van Den Heede a marqué sur une carte ses différents passages du cap Horn. | CHRISTOPHE FAVREAU

N.F. / Voiles et Voiliers. Publié le 16/08/2023 à 16h30

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Global Solo Challenge. Les conseils de VDH aux futurs concurrents de ce tour du monde en solitaire (ouest-france.fr)

Dans les coulisses de la Global Solo Challenge, le navigateur solitaire français Jean-Luc Van Den Heede, multirécidiviste des tours du monde à la voile dans un sens comme dans l’autre, a décidé d’offrir ses conseils et son soutien à de nombreux skippers.

Profondément convaincu de la solidarité entre navigateurs, il suivra avec passion cette régate autour du globe dont les départs décalés à partir de septembre prochain à La Corogne (Espagne) en vue d’une arrivée groupée selon les ratings des concurrents, devraient renforcer le suspense.

Autour du monde « à l’ancienne »

Ce vétéran des tours du monde en a réalisé douze dont le BOC Challenge en 1986 et 1995, le Vendée Globe en 1989-1990 et 1992-1993, ainsi que le Global Challenge en 2004 en plus d’un tour du monde à l’envers, vers l’Ouest, à contre vents et courants, devenant le détenteur de ce record.

Il a également enrichi son palmarès en remportant la première édition de la Golden Globe Race en 2018, une course autour du monde « à l’ancienne », sur les traces des pionniers qui sont partis en 1968 pour le premier tour du monde en solitaire sans escale de l’histoire.

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VDH avait coupé en vainqueur aux Sables-d’Olonne la ligne d’arrivée de la première Golden Globe race. | CHRISTOPHE FAVREAU / PPL / GGR

Évoquant ce futur Global Solo Challenge, Jean Luc Van Den Heede estime que « c’est une excellente initiative.

Beaucoup de personnes rêvent de réaliser un tour du monde et il est bien plus excitant de s’engager dans une course que de s’y lancer seul.

Je pense que c’est une idée brillante car elle permettra à des bateaux très variés, ayant des jauges différentes, de concourir en temps réel.

L’idée d’avoir des départs échelonnés pour aboutir à une arrivée théorique en temps réel est très séduisante.

Ce sera une sorte de course-poursuite, où les plus lents seront chassés par les plus rapides. Ce sera très divertissant ».

Le défi majeur pour les concurrents, ce sera d’être présent sur la ligne de départ

Face à une telle compétition, nombreux sont les défis.

VDH, fort de sa vaste expérience dans ce genre d’aventures, ajoute que « le défi majeur pour les concurrents, ce sera d’être présent sur la ligne de départ.

En effet, même si initialement plus de 50 concurrents étaient inscrits, seulement une vingtaine prendra le départ ».

« Le premier enjeu est donc de parvenir à aligner un bateau adapté à une telle compétition.

Cela nécessite du temps, de l’argent, l’acquisition d’un bateau adapté, potentiellement des sponsors, éventuellement des aides.

Se présenter au départ d’un tour du monde est un challenge en soi ».

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VDH a la table à cartes de son Matmut avant de prendre le départ de la première édition de la GGR. | LOÏC MADELINE

« Ensuite, une fois cette étape franchie, l’autre grand défi est de parvenir sur la ligne d’arrivée.

Prenons l’exemple de la dernière Golden Globe Race : sur les 15 participants, seulement 3 ont terminé, soit à peine 1 sur 5.

Concernant la Global Solo Challenge, bien que les bateaux soient davantage orientés -compétition- par rapport à ceux de la Golden Globe Race, il y aura sans doute des avaries comme dans tous les tours du monde.

J’espère toutefois que le plus grand nombre parviendra à boucler la course ».

En envisageant ce tour du monde en trois segments distincts : le premier menant à Cape Town, ensuite le passage du Grand-Sud, et finalement la remontée depuis le cap Horn jusqu’à l’arrivée, le navigateur français partage sa perspective sur chacun de ces segments maritimes et offre des recommandations pour maîtriser au mieux l’ensemble : « Cette course présente une singularité notable par rapport, par exemple, aux courses Imoca et à la GGR puisque les concurrents prendront le départ à des dates très différentes.

Ainsi, les conditions météorologiques ne seront pas les mêmes pour les skippers qui partiront en septembre et ceux qui partiront même en décembre ou janvier ».

Adapter sa stratégie à sa propre météo

« Chaque participant devra adapter sa stratégie à sa propre météo.

La première étape vers Cape Town est essentiellement tactique.

Certains, à l’image des participants au Vendée Globe, pourraient choisir de naviguer près du Brésil, tandis que d’autres pourraient préférer une route plus directe, comme cela a été le cas lors de la GGR en 2018.

Les choix tactiques en réponse aux conditions météorologiques seront déterminants dans cette première phase.

Pour la seconde étape, la navigation sera majoritairement portante.

L’objectif est simple : naviguer rapidement sans endommager le bateau, en préservant sa condition jusqu’au cap Horn.

Mais il faut noter que naviguer rapidement en portant présente toujours un risque d’avarie ».

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Passage du cap Horn en tête de la première GGR pour VDH. | COLL. PART. JEAN-LUC VAN DEN HEEDE

« Quant à la dernière étape, après avoir franchi le cap Horn, nombreux sont ceux qui pensent que le plus dur est derrière eux.

Pourtant, il reste encore beaucoup à faire. Cette dernière partie est exigeante, notamment à cause des changements météorologiques.

Remonter l’Atlantique Sud, franchir l’Équateur, traverser le Pot au noir puis affronter les vents contraires et les alizés du Nord dans l’Atlantique Nord : la course est loin d’être terminée ».

« C’est d’autant plus éprouvant que les bateaux ont déjà été mis à l’épreuve lors des deux étapes précédentes.

Il est essentiel de persévérer jusqu’à la fin, et ce sera passionnant à suivre.

J’ai moi-même envisagé de participer à cette course à un moment donné, mais j’ai finalement choisi de ne pas le faire.

Néanmoins, je la trouve innovante et captivante ».

À mesure que les participants deviennent plus professionnels, leurs intérêts peuvent diverger.

Pour moi, l’esprit d’équipe est essentiel

Et quand on se demande si dans les compétitions de course au large modernes subsiste encore cet esprit de solidarité entre les marins et combien cela ajoute de valeur à une compétition, VDH précise que « tout dépend des courses.

À mesure que les participants deviennent plus professionnels, leurs intérêts peuvent diverger.

Même si, bien entendu, n’importe quel concurrent viendrait au secours de n’importe quel autre, il peut parfois y avoir des dissensions au sein d’une classe.

Pour moi, l’esprit d’équipe est essentiel ».

Abordant la question de la réutilisation des bateaux performants dans les compétitions, face à la tendance de construire constamment de nouveaux navires pour innover dans le monde de la voile, le vainqueur de la GGR 2018 ajoute que « je suis résolument en faveur de la réutilisation des bateaux déjà construits, permettant ainsi une continuité dans leur usage classique.

La classe Imoca a évolué au fil du temps, et les bateaux construits de nos jours sont conçus pour une durée de vie de 10 à 20 ans maximum, après quoi leur utilité devient limitée.

Pourtant, mes bateaux des deux premiers Vendée Globe sont encore en service, skippés par des particuliers pour des croisières ».

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VDH : « Le défi majeur pour les concurrents, ce sera d’être présent sur la ligne de départ ». | CHRISTOPHE FAVREAU

« Je suis sceptique quant à la longévité des derniers bateaux équipés de foils : même s’ils ne deviennent pas obsolètes dans 20 ans, de nouveaux modèles plus rapides les surpasseront.

Cette incessante course à l’innovation et à armement peut sembler sans fin.

C’est pourquoi j’apprécie des compétitions comme le Global Solo Challenge ou la Golden Globe Race, qui privilégient des bateaux accessibles au grand public.

Ce sont des régates à la fois prestigieuses et respectueuses de l’environnement ».

Évoquer un tour du monde, c’est évoquer aussi, forcément, des moments de découragement et de fatigue.

Mais pour VDH, « participer à une telle navigation est un choix délibéré.

Même dans les situations difficiles, il est crucial de puiser de la motivation et d’éviter les plaintes.

La confrontation et la compétition avec les autres participants sont des éléments clés pour motiver les skippers ».

Faire un tour du monde en solitaire, à bord de son propre navire, est un privilège que beaucoup admirent

« Faire un tour du monde en solitaire, à bord de son propre navire, est un privilège que beaucoup admirent et qui suscite l’envie de tant d’autres.

Dans les moments de doute, il faut se souvenir de cette chance unique que l’on a.

Tout le reste est une question de volonté. Dans la GSC, la compétition est vive ; les skippers peuvent suivre en temps réel les positions.

L’objectif est de poursuivre ceux qui sont en avance et d’éviter d’être rattrapé par ceux qui sont derrière.

C’est un jeu constant qui maintient en haleine, contrairement à la GGR où la position des concurrents reste floue ».

« Chaque jour apporte son lot de suspense : avons-nous dépassé un concurrent ou avons-nous été rattrapé ?

Il y a une certaine émulation. C’est ardu de ne pas pouvoir communiquer et de ne pas savoir où se trouvent les autres concurrents : pour moi, cela diminue l’intérêt de la compétition.

Durant mes BOC Challenge ou Vendée Globe, savoir où se trouvaient les autres ajoutait à l’excitation.

Même pendant mon record du tour du monde en sens inverse, je me comparais toujours à la performance de Philippe Monnet qui, parti de Brest en janvier 2000, avait bouclé son tour du monde à l’envers en 151 jours.

En 2004, j’ai terminé le tour du monde à l’envers en 122 jours, et ce record avec un monocoque tient toujours.

Même avec 15 jours d’avance, je cherchais à en avoir 16 ou 17.

J’ai toujours eu besoin de cette émulation, de cet élan pour m’améliorer »

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Jean-Luc Van Den Heede a effectué ses multiples tours du monde en solitaire sur des voiliers toujours différents. | CHRISTOPHE FAVREAU

Lors d’une compétition aussi longue, il est essentiel de s’accorder des moments de confort et de plaisir.

Pour VDH, célébrer les petites victoires est crucial, et quoi de mieux pour marquer ces moments que de déguster ses plats préférés ?

« L’alimentation joue un rôle crucial car elle rythme la journée.

Elle permet de prendre conscience du temps qui passe.

Il est donc essentiel d’emporter avec soi des mets que l’on apprécie.

Personnellement, j’aime marquer les grandes étapes par de petites célébrations : le passage de l’Équateur, l’arrivée à Cape Town, Noël…

Ponctuer le voyage en célébrant chaque petite réussite aide à rendre le tour du monde moins long.

Diviser le parcours en petites étapes réduit la sensation d’immensité de chaque segment.

Et un incontournable dans ma cambuse ? Lors de mon deuxième Vendée Globe, j’avais oublié le chocolat.

Il m’a terriblement manqué ! »

Avoir un bon rating qui reflète fidèlement les performances de son bateau

Ses favoris pour cette course ?

« L’élément clé dans la GSC, c’est d’avoir un bon rating qui reflète fidèlement les performances de son bateau.

La régate se court avec la juge IRC, donc il est primordial d’avoir un rating qui corresponde bien à la vélocité de son embarcation.

Si j’avais pris part à cette compétition, j’aurais choisi mon Wasa 55, Let’s go, avec lequel j’ai effectué mon premier tour du monde lors du BOC Challenge en 1986, et où j’ai décroché la deuxième place.

Ce bateau est toujours opérationnel, possède un excellent rating IRC, il est performant en portant et très sécurisant.

Je vais suivre de près l’évolution de la GSC. À mon avis, ceux qui partent en dernier n’auront probablement pas la chance de rattraper les premiers. Nous verrons bien. »

Et VDH de conclure à l’adresse des skippers : « Avant tout, j’espère qu’ils prennent pleinement conscience de la chance qu’ils auront de se trouver sur la ligne de départ d’un tel événement marquant dans leur vie.

Mon vœu le plus cher est qu’un maximum d’entre eux atteignent la ligne d’arrivée et que, idéalement, cinq d’entre eux y parviennent le même jour, au même moment » (Avec Service presse).

en solitaire Jean-Luc Van Den Heede monocoque