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Quelques heures après avoir pris la 28e place du Vendée Globe, une compétition qu’il n’a jamais oublié malgré une vie l’ayant longtemps éloigné de la course au large, Antoine Cornic a reçu Voiles et Voiliers sur son bateau, Human immobilier.
Le plus ancien de cette édition. Un homme heureux, accompli, qui donne déjà rendez-vous pour 2028, où il aimerait s’aligner sur un voilier plus performant.
Si comme le vin qu’il chérit, le Rétais se bonifie avec l’âge, attention à Château Cornic…

Antoine Cornic et son berger australien, Bastack, au lendemain de son arrivée aux Sables-d’Olonne. | FABIEN PASSARD
Fabien PASSARD. Publié le 17/02/2025 à 08h38
ENTRETIEN. Vendée Globe. Antoine Cornic : « 20 ans que je voulais franchir cette ligne d’arrivée »
Voiles et Voiliers : Avec une arrivée à la 28e position, est-ce que le contrat est rempli ?
Antoine Cornic : Bien sûr qu’il est rempli. On n’a pas abandonné, on a fini le Vendée Globe et on met ça sur son CV !
Voiles et Voiliers : Ton objectif sportif se comptait en nombre de jours plutôt qu’en place au classement.
Antoine Cornic : C’est clair que la place ne veut pas dire grand-chose pour nous. J’ai toujours dit que c’était un bateau pour faire 90 jours, et que moi je voulais passer sous la barre des 100. Voilà, on finit en 96 jours. J’aurais pu faire mieux sans ces phases d’arrêt en mer. Après, cette place, 28e, fait plaisir, on aurait signé dès le départ pour ça.
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Voiles et Voiliers : On sent une pointe d’amertume, quant à tes problèmes mécaniques au début de l’océan Indien…
Antoine Cornic : Ouais, quand j’ai cassé le rail… À ce moment, je recollais à tout le paquet qui était plus Nord que moi. J’étais parti dans le Sud pour écourter la route et rattraper ce retard que j’avais accumulé dans l’Atlantique Sud. Puis je me suis retrouvé quatre jours sans grand-voile. C’est long. J’ai pris la décision d’aller à Saint-Paul, et quand tu ne vas pas dans la bonne direction, c’est encore plus long… Là, j’ai perdu beaucoup de temps et beaucoup de milles. Il aurait fallu encore continuer le tour du monde pendant un bon mois pour que je les rattrape (rires). Je reste un peu amer parce que j’ai beaucoup navigué seul, sans le côté sportif de concurrents à côté, qui te boostent.
Voiles et Voiliers : Parle-nous de ton bateau, plus ancienne coque de la flotte.
Antoine Cornic : C’est un plan de 2005, donc qui a 20 ans. Il a quand même fait son tour du monde à une place honorable. Il est à vendre, et j’espère qu’il fera le bonheur d’une autre équipe, parce que c’est un bateau qui vient de finir son premier tour du monde. Il avait chaviré et cassé une barre de flèche au Vendée Globe 2008, donc s’était arrêté en Nouvelle-Zélande. On a passé beaucoup de temps à discuter ensemble. Tu comprends que c’est bizarre quand il te parle en grognement, en grincement… Il y a eu des moments où la mer était vraiment dure, mais nos bateaux sont extraordinaires. Ce sont vraiment des machines de fou, avec lesquelles on n’a pas de confort, mais où on se sent en sécurité.

L’Imoca Human Immobilier a été acquis par Antoine Cornic en 2020, qui a depuis fait poser une casquette plus protectrice du cockpit. | THOMAS BREGARDIS / OUEST-France
Voiles et Voiliers : Était-ce la navigation la plus engagée de ta vie ? En comparaison de la Mini Transat par exemple.
Antoine Cornic : Je crois qu’il n’y a pas plus engagé qu’un Vendée Globe, tout est beaucoup plus lourd. Ce qui est différent dans la Mini, c’est que tu n’as aucune assistance au niveau du téléphone, de contact. Tu te retrouves vraiment seul avec toi-même, ce qui est dur.
J’ai souffert. J’ai extrêmement mal aux jambes et perdu beaucoup de masse musculaire.
Voiles et Voiliers : Sur ce Vendée Globe, tu t’es bien rattrapé sur la communication avec la terre, avec 190 vidéos, plus de deux par jour !
Antoine Cornic : Ouais, on m’a dit que c’était moi qui en avais envoyé le plus. Avec nos téléphones aujourd’hui, tu ne perds pas de temps. Toutes les équipes ont des gens qui reçoivent les fichiers bruts puis montent les vidéos. Et puis c’est dur de faire vivre un événement qui dure trois mois, pour vous médias, il vous faut du contenu. En regardant la masse de gens quand on a remonté le chenal hier (ndlr : vendredi 14/02, à son arrivée), c’est hallucinant le nombre de passionnés qui nous suivent. Je pense que tout le monde s’y est retrouvé cette année. Il y avait ce côté hyper technologique avec les maxi-teams devant, où ça battait des records en permanence. Et puis il y avait cette espèce de deuxième Vendée Globe, d’aventuriers, de bateaux à dérives qui se battaient aussi comme des chiffonniers. Tout le monde s’est éclaté à mon avis.
Voiles et Voiliers : Quel est ton état physique ?
Antoine Cornic : J’ai souffert, on peut dire que j’ai le corps mâché. J’ai extrêmement mal aux jambes, où j’ai perdu beaucoup de masse musculaire. Mais ce n’est pas très grave : un peu de balades avec le chien, de vélo, de prépa physique et puis ça va vite revenir.
LES DERNIERS JOURS DE COURSE – OnBoard Vendée Globe – Antoine Cornic
Voiles et Voiliers : Des débuts dans la course au large, puis des expériences de restaurateur, caviste, tu as déjà vécu plusieurs vies. Ne pas faire le Vendée Globe aurait-il été un regret à vie ?
Antoine Cornic : J’ai toujours essayé d’aller au bout des choses. Ne pas faire le Vendée Globe aurait vraiment été un regret, un manque dans ma vie. Maintenant qu’il est fait, c’est du bonus. J’ai mis 20 ans à le faire, mais j’ai enfin réussi à passer cette ligne d’arrivée. C’est juste le bonheur. À partir de là, la vie devient d’une simplicité…
Voiles et Voiliers : Ton avenir pour ces quatre prochaines années s’écrira-t-il toujours à la barre d’un Imoca ?
Antoine Cornic : Ouais, j’aimerais bien qu’on revienne fort pour la Route du Rhum. Je veux remonter un projet différent, plus sportif qu’aventurier. Deux Vendée Globe, si je peux, oui, mais je n’en ferai jamais trois. Parce qu’en 2030 j’aurais 50 ans, et les machines sont vraiment violentes. Pour essayer d’être en concurrence avec les copains, tu es obligé de tirer fort sur les machines et sur l’Homme. C’est très traumatisant. Yoann et Charlie ont dû rentrer vraiment mâchés avec leur bateau. 62 jours, à 17 nœuds de moyenne, en termes de performance et d’inconfort, c’est incroyable. Franchement chapeau, parce que moi, je ne ferai pas comme le roi Jean. Tu vois dans ses yeux qu’il aurait presque envie de repartir tout de suite.
J’aimerais bien revenir avec un foiler, pour me battre avec d’autres.
Voiles et Voiliers : Le fait d’avoir un gabarit de rugbyman (Antoine a joué pilier droit à un bon niveau amateur), est-ce un avantage ou un désavantage ? Une manière différente de naviguer que Violette Dorange par exemple ?
Antoine Cornic : Notre sport reste assez incroyable. Dans beaucoup de sports, la mixité est très compliquée, voire impossible. Mais nous, on est que des marins, que ce soit moi, Violette ou Isa (Isabelle Joschke, ndlr), ça ne pose pas de soucis. On a les winchs qui démultiplient les efforts. Alors oui, peut-être qu’on navigue différemment, dans le sens où elles vont peut-être prendre un ris plus vite que nous. Mais je me souviens hyper bien d’une course contre Isa justement, qui m’avait mis 200 milles en 24 heures, j’étais complètement à la rue. Ce n’est ni un défaut ni une qualité d’être costaud comme moi. Il faut essayer d’adapter au maximum ta façon de naviguer, ton bateau et tes manœuvres en fonction de ça. Il y a autant de chance pour les filles que les garçons de gagner le Vendée Globe, et je suis convaincu qu’un jour, une femme le gagnera. Elles trouveront un partenaire qui leur mettra les moyens en face pour y arriver. D’ailleurs, les filles font une super course cette année. Elles sont fortes.
Voiles et Voiliers : As-tu déjà l’accord de ta famille pour repartir sur un projet Vendée Globe ?
Antoine Cornic : Elle n’a pas encore signé au bout du contrat (rires). Mais si je repars, déjà, ce sera dans des conditions différentes. Je voudrais qu’on soit plus structurés, plus professionnels. On est vraiment une petite équipe donc on a tellement travaillé que je suis parti au Vendée fatigué. Et toute l’équipe était vraiment fatiguée. Je voudrais qu’on arrive plus sereins à une course comme ça, et la vivre différemment. Puis j’aimerais bien la faire sur un bateau avec des moustaches, un foiler, pour me battre avec d’autres. Peut-être pas pour le podium, quoique… Manager d’un autre projet, ça peut être sympa aussi. Ou bien faire encore toute autre chose. Je continuerai à faire ce que j’aime en tout cas.

Antoine Cornic sur l’outrigger de son mât-aile, l’une des modifications faites sur son bateau ces dernières années. | FABIEN PASSARD
Voiles et Voiliers : À quelle fréquence communiquais-tu avec ta famille ?
Antoine Cornic : Avec ma femme, on s’est envoyé des messages tous les jours. On s’appelait deux fois par semaine avec les enfants, le soir après la nourriture. On faisait un point en famille, c’étaient des moments sympas. Ce qui est génial, c’est que dans mon entourage, je pense qu’il y avait une grosse pudeur parce que, lors des derniers jours avant l’arrivée, j’ai reçu très peu de messages. Donc j’ai pu rester concentré sur ma course.
Il va falloir être bien accompagné par ses proches pour atterrir du Vendée. C’est tellement incroyable comme aventure.
Voiles et Voiliers : Demain, en rentrant chez toi, quelle bouteille ouvres-tu et quel repas rêves-tu de manger ?
Antoine Cornic : Je suis très humain, j’aime l’humain, donc le repas m’importe peu, c’est assez bizarre. C’est surtout avec qui je le partage. Ce qui est sûr c’est que demain, c’est retour à la maison et c’est vraiment réservé aux enfants. Je veux qu’on passe un dimanche soir à la maison ensemble, sans bruit, avec les téléphones éteints, histoire de retrouver cet esprit de famille. Et en bouteille, on a on a ouvert deux, trois flacons déjà hier… Mais je pense que je vais me faire plaisir sur une bonne bouteille de vin, avec des vrais verres. Et surtout le temps de la déguster. J’avais mon vin favori à bord, que mes copains m’avaient préparé, Les Ruchottes Chambertin, mais quand tu n’as pas de tire-bouchon et pas de verre, qu’il fait 4 degrés dans le bateau, ce n’est pas respecter le vin… On avait préparé quatre bouteilles, pour les trois caps. On va déguster la dernière bouteille au domaine, pour le comparer à un classique et voir s’il a bougé.
Voiles et Voiliers : Et toi, sens-tu que tu n’es plus le même homme que le 10 novembre dernier ?
Antoine Cornic : On rentre forcément changé d’un Vendée. Il y a beaucoup de moments où tu réfléchis à toi, à ta vie, à ce que tu as fait de bien, de mal. J’espère rentrer meilleur que je ne suis parti. Ma famille me le fera comprendre si je deviens une tête de con (rires, en regardant son épouse). Il ne faut pas partir en cacahuète, car ça peut être traumatisant un Vendée. Il va falloir atterrir. C’est incroyable comme aventure, il ne faut pas sombrer dans le délire, et être bien accompagné par ses proches.