Grand régatier et tacticien passé par la Coupe de l’America et la Half Ton Cup, qu’il a remportée deux fois, Marc Bouët est également une référence internationale pour les règles de course à la voile.
Il publie aux éditions Voiles et Voiliers « Les clés des règles de course : 2025-2028 », un ouvrage indispensable pour tout passionné de régate qui voudrait comprendre la tactique et s’améliorer, qu’il ou elle navigue sur un voilier classique ou sur un support volant. Éclairage.

Passage de bouée au Spi Ouest-France 2024 : toujours délicat ! | THIBAUD VAERMAN
Propos recueillis par Gaëlle LEBOURG. Publié le 20/04/2025 à 18h01
ENTRETIEN. « Ce n’est pas plus compliqué que ça » : Tout savoir sur les règles de course 2025-2028
Voiles et Voiliers : Vous avez publié aux éditions Voiles et Voiliers un ouvrage pour tout comprendre aux règles de course à la voile 2025-2028.
Que voulez-vous transmettre en écrivant sur la question depuis 2005 ?
Marc Bouët : Historiquement, les régatiers français ont une connaissance des règles relativement faible.
On est dans une culture de la vitesse mais pas dans une culture d’étude précise des règles.
Si on prend la règle dans le livre officiel, elle est quand même assez difficile à comprendre.
Pourtant, c’est un système de règles relativement logique, ce n’est pas plus compliqué que ça.
C’est ce que je souhaite montrer, pour aider les coureurs à résoudre les principaux problèmes qu’on retrouve sur les plans d’eau.
Voiles et Voiliers : Quelles sont les grandes évolutions pour les règles de course pour les années 2025-2028 ?
Marc Bouët : L’évolution est très lente, car toute modification de règle doit passer par un système très lourd initié par les Anglo-Saxons sur la base de propositions de modifications adoptées tous les 4 ans.
Faire des règles en laissant le minimum d’incompréhension est très complexe.
Et parfois, changer un mot peut changer beaucoup de choses.
Pour l’édition 2025-2028 des règles de course, un gros effort de simplification a été fait dans la rédaction de la règle 18, une des règles les plus importantes puisqu’elle gère le passage des marques à contourner.
Si on la compare au code de la route, elle gère tous les passages aux carrefours, là où on a le plus de problèmes pour circuler.
Comme sur la place de l’Étoile à Paris !

Marc Bouët, à gauche, et Gérard Bossé, à droite, aujourd’hui décédé : deux passionnés de tactique et de régate, incollables sur les règles de course ! Gérard Bossé a été arbitre international, notamment sur la Coupe de l’America et les JO.
Il était aussi président du jury d’appel de la FFVoile, la plus haute autorité des arbitres français. | LORIS VON SIEBENTHAL
Voiles et Voiliers : Le texte des règles a donc été simplifié, mais cela modifie-t-il la course sur l’eau ?
Marc Bouët : Non, concernant l’évolution des règles, il n’y a aucune différence importante sur l’eau, hormis pour quelques situations à la marge qui n’intéressent pratiquement que les spécialistes et dont je fais état dans le livre.
J’ai rajouté une situation sur un de ces cas, le « slam dunk », une pratique utilisée couramment en match racing et en team racing mais très peu en course en flotte.
Dans cette réédition de mon livre, j’ai pratiquement repris la rédaction de presque tous les cas avec le souci de rendre le langage encore plus simple.
Après le décès de mon ami Gérard Bossé, qui m’aidait, j’ai été épaulé par des amis juges français.
Dans les règles grande vitesse, il y a certains aspects qui pourraient être repris par tout le monde et qui simplifieraient beaucoup le jeu.

Comme on voit sur ce schéma, il est important de se maintenir à l’écart des autres bateaux ! | SCHÉMA EXTRAIT DU LIVRE DE MARC BOUËT AUX ÉDITIONS VOILES ET VOILIERS
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Voiles et Voiliers : Des règles de grande vitesse ont également été introduites à titre expérimental ?
Marc Bouët : Depuis que l’America’s Cup a choisi d’adopter des bateaux volants, il a été nécessaire de faire évoluer grandement les règles.
Jusqu’il y a une douzaine d’années, les règles étaient pratiquement les mêmes, qu’on navigue en Optimist ou sur un Maxi boat de 30 mètres.
Face à la multiplication des supports (planche à foil, kite et bateaux volants), il a fallu écrire des règles plus adaptées à leur grande vitesse.
Aujourd’hui, il y a des règles différentes pour les windsurfs, pour les kites et pour les bateaux à grande vitesse.
J’aimerais qu’on envisage un jour comment on peut minimiser les différences entre ces différentes règles.
Dans les règles pour les bateaux à grande vitesse, il y a certains aspects qui pourraient être repris par tout le monde et qui simplifieraient beaucoup le jeu. Mais on n’en est pas encore là.
Voiles et Voiliers : À quelle règle faites-vous référence par exemple ?
Marc Bouët : Il y a cinq définitions différentes de la place à la marque qui doit être donnée par un bateau.
On pourrait plutôt prendre celle du match racing et des courses à grande vitesse : quand on a le droit de la place à la marque, on a le droit à la route normale autour de cette marque, quelle que soit la situation.
Cela simplifierait les choses.

Les règles grande vitesse appliquées notamment sur Sail GP ou l’America’s Cup sont encore expérimentales.
Comme expliqué sur ces schémas, la règle 13 est supprimée et on peut ainsi virer plus facilement de bâbord à tribord devant un autre bateau. | SCHÉMAS EXTRAITS DU LIVRE DE MARC BOUËT AUX ÉDITIONS VOILES ET VOILIERS
Voiles et Voiliers : Y a-t-il des Français qui participent à l’élaboration et à l’actualisation de ces règles ?
Marc Bouët : Très peu. Elles sont élaborées par les Anglo-saxons, principalement par les Anglais et les États-Uniens.
L’anglais est la langue unique et quand il s’agit de discuter de l’utilisation d’un mot ou un autre, ce n’est pas toujours facile.
Les coureurs et responsables français sont souvent un peu trop mauvais en anglais pour s’y intéresser.
J’ai été un de ceux qui ont pu travailler sur l’élaboration des règles du match racing il y a quelque temps.
Il y a un niveau de discussion d’une telle précision que quand on ne maîtrise pas parfaitement la langue, c’est très compliqué.
Si on doit de la place, il ne faut pas hésiter à en donner, éventuellement un petit trop.
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Voiles et Voiliers : Avez-vous des conseils pratiques à donner à un régatier qui court le Spi Ouest-France ?
Marc Bouët : J’essaie souvent de faire la liaison entre les routes et la tactique, c’est aussi l’un des intérêts de ce livre.
Mon principal conseil, c’est de savoir analyser rapidement les droits et les obligations auxquels on est confronté et de remplir ses obligations.
Si on doit de la place, il ne faut pas hésiter à en donner, éventuellement un petit trop.
On ne perd pas beaucoup à en donner un peu trop mais on peut perdre beaucoup à ne pas en donner assez.
Si on connaît bien ses règles, je conseille de s’accorder toujours une petite marge de sécurité, si on risque d’être en faute comme si on est prioritaire, pour éviter les collisions.
Voiles et Voiliers : Peut-on être sanctionné si on cause une collision en étant prioritaire ?
Marc Bouët : Oui, on peut être impliqué, et ce, encore plus qu’avant.
Il y a une petite modification au niveau de cette règle : on peut être pénalisé si on est reconnu comme étant la cause d’une collision avec dommages ou blessures, même en étant prioritaire.
Tout bateau prioritaire qui serait jugé comme n’ayant pas eu l’action nécessaire pour éviter ou minimiser une collision peut être pénalisé.
Le livre peut être une méthode pour mieux se présenter devant le jury, ce qui peut arriver assez facilement au Spi Ouest-France !

Lequel des deux bateaux doit laisser la place ? Réponse en schéma. | SCHÉMA EXTRAIT DU LIVRE DE MARC BOUËT AUX ÉDITIONS VOILES ET VOILIERS
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Voiles et Voiliers : Sur l’eau, un certain nombre de régatiers ne connaissent pas les règles de course.
Par où commencer quand on a votre livre entre les mains ?
Marc Bouët : C’est important de lire le chapitre I, appelé “Comment fonctionnent les règles ?”
C’est un chapitre original qui explique la logique de la règle et que vous n’avez pas dans le livre officiel.
C’est la base qui serait nécessaire à la compréhension de toutes les règles.
Le livre peut être une méthode pour comprendre l’erreur et de ne pas la refaire la fois d’après, ou mieux se présenter devant le jury, ce qui peut arriver assez facilement au Spi Ouest-France !
Voiles et Voiliers : Quand vous naviguez, est-ce que ça vous arrive aussi de ne pas respecter certaines règles ?
Marc Bouët : J’ai quasiment arrêté de naviguer en compétition pour faire un peu plus de croisières et de balades dans nos îles bretonnes.
Mais quand je navigue en régate de club à Pornichet, à l’APCC, il m’arrive bien sûr de faire des erreurs sur l’eau.
Toutefois, j’ai une obligation morale encore plus importante de respecter scrupuleusement la règle.
Cela peut m’énerver beaucoup quand des coureurs que je rencontre n’ont pas le même scrupule !
Les clés des règles de course : 2025-2028, Marc Bouët, Éditions Voiles et Voiliers (mars 2025) est disponible en librairie et en ligne au prix de 19,90 €.