Accueil Personnalité Culture Carlo Borlenghi

Carlo Borlenghi en pleine action, en hélicoptère, photographiant les Régates Royales de Cannes. | JF CUTUGNO/YCC
Voiles et Voiliers – Didier Ravon
Modifié le 04/08/2026 à 17h45
Disparition. Le photographe de mer Carlo Borlenghi est mort, ciao et merci « Maestro »
Il était l’un des plus grands artistes – ou le plus grand – dans le domaine de la photo de mer.
Carlo Borlenghi est mort à 70 ans suite à une longue maladie.
Celles et sont ceux ayant eu la chance de le côtoyer mesurent ce qu’il a apporté, avec un regard toujours décalé, une créativité et un œil juste extraordinaires.
J’ai toujours surnommé Carlo « Maestro », et lui me disait systématiquement que j’en rajoutais.
Pour moi, il était le meilleur, point barre.
Né en 1956 sur les rives du lac de Côme, Carlo a débuté sa carrière en photographiant des voiliers sur le lac pour la revue italienne Uomo Mare Vogue, son beau papier glacé et ses photos en double page.
Contrairement à nombre de photographes ayant régaté à plus ou moins haut niveau, que ce soit Christian Février, Gilles Martin-Raget ou d’autres, il n’était pas « voileux » mais avait déjà cet œil.

Carlo Borlenghi au festival Sail In Festival à Bilbao (Espagne), où il était mis à l’honneur en 2019. | XABIER ALDAZABAL / SAIL IN FESTIVAL
Plus tard, repéré pour son talent, il a été enrôlé par les syndicats de Coupe de l’America – Azzura, Italia, Il Moro di Venezia, Luna Rossa, Alinghi… – puis par Rolex notamment. Jeune journaliste à Voiles et Voiliers, quand nous recevions les diapos de Carlo, je prenais une claque, une belle…
Et Voiles et Voiliers a publié nombre de doubles pages et couvertures durant des années.
Daniel Allisy, alors rédacteur en chef de notre journal, avait lancé à l’époque l’agence de photos de mer Sea and See, à Paris, et du coup Carlo avait lancé Sea and See Italia – à Milan, une agence qui avait alors pignon sur rue.
Il ne s’est pas contenté de faire des photos de bateaux ; son travail allait bien au-delà.
— Benoît Stichelbaut, photographe de mer
Carlo, sur un bateau « presse », c’était le type à qui tu ne prêtes pas forcément attention.
Contrairement aux confrères avec leur énorme valise étanche bourrée d’objectifs et tenues de mer, lui arrivait avec un sac de sport basique, deux boîtiers et un zoom 100-500 enveloppés dans une serviette-éponge, rarement en ciré même dans le mauvais temps.
Entre les bords, il allumait sa clope, parfois somnolait, mais à la marque au vent ou sous le vent, il commençait à dire au pilote de la vedette de bien se placer, était généralement chiant, puis tel un félin, shootait en rafales, mais attrapait l’image.
Et quand le soir en salle de presse, sur la table lumineuse en diapo, puis sur l’ordi en numérique, tu comparais tes photos et les siennes, tu te disais que tu n’avais pas vu la même chose.
C’était agaçant en fait, mais c’était Carlo.
Un artiste se remettant en question chaque jour avec cet œil ahurissant, qu’il soit en bas sur l’eau ou en haut dans un hélico.
Carlo Borlenghi vu par Jean-Marie Liot
« La première fois que je l’ai vu c’était à la Nioulargue en 1994, à Saint-Tropez.
J’étais jeune photographe, c’était formidable, il m’avait super bien accueilli.
L’autre moment où je l’ai beaucoup côtoyé, c’était à la Coupe de l’America en 2000, en Nouvelle-Zélande.
Ce qu’on retient évidemment aussi, c’est la qualité de ses photos – ses photos de bateau bien sûr, mais aussi notamment toutes ses recherches sur la matière.
Il avait fait un bouquin, en particulier [About Sails, 2003, ndlr], sur les matières et sur les ombres dans la ville – des figures graphiques évoquant la voile, sur les immeubles par exemple.
C’était une vraie recherche artistique. Avant lui il y avait eu Erwan Quéméré, qui était un précurseur, et le dernier géant maintenant, pour moi, c’est Gilles Martin-Raget.»
Carlo Borlenghi vu par Benoît Stichelbaut
« À mon avis c’était clairement le meilleur photographe de voile et de yachting.
J’avais été marqué par un bouquin qu’il avait fait, sur le thème de la voile, mais en fait c’étaient par exemple des immeubles avec des ombres portées dessus, ayant une géométrie – triangle ou autres – qui évoquait la voile [toujours About Sails, 2003, ndlr].
C’est là qu’on voit qu’il avait un esprit très créatif.
Il ne s’est pas juste contenté de faire des photos de bateaux ; son travail allait bien au-delà.
Une grosse partie du travail de photographe, c’est quand même d’être là où il faut au moment où il faut, et dans toute sa carrière il a parfaitement géré ça…
Pour beaucoup de photographes, c’est une source d’inspiration – si tu fais une photo qui ressemble à ce qu’il fait, tu es content de toi !»
[On notera que très spontanément, Jean-Marie Liot comme Benoît Stichelbaut nous ont parlé de ce livre publié en 2003, intitulé About Sails, et dont vous pouvez trouver un aperçu ici – cliquez sur la loupe dans l’image du haut.]
QUELQUES PHOTOS DE CARLO BORLENGHI :

Ça régate dur sur l’Audi Med Cup 2011 à Marseille en TP52, là où se retrouvaient la plupart des équipes préparant la Coupe de l’America. | CARLO BORLENGHI / DPPI / SEA AND SEE

Un grand artiste, capable de se remettre en question chaque jour. Ici une autre vision du passage de bouée. | CARLO BORLENGHI

En octobre 2005, à Trieste, lors d’un championnat d’Optimist, un grain est passé. Du vent, de la pluie – des gros grains de pluie, qui cinglent, éclaboussent, écrasent l’eau, captent la lumière comme les grains de poussière. Et, dans une combinaison jaune, un concurrent, la tête sous son écope. | CARLO BORLENGHI

Les photographies de Carlo Borlenghi ont été maintes fois mises à l’honneur dans les pages de Voiles et Voiliers, notamment dans la rubrique «Spot». | CARLO BORLENGHI
Lire aussi : Monaco Classic Week. Quand Franck Cammas légende les sublimes photos de Carlo Borlenghi

L’art de Carlo Borlenghi en photographie. | CARLO BORLENGHI
Ciao et merci Carlo. Fortes pensées à ta compagne Alessandra qui, quand tu rentrais à terre, gérait toujours merveilleusement tes photos. RIP Carlo.
====================================================================================