Recommandation – Comportement animal
Dans le golfe de Californie, des chercheurs ont filmé un comportement d’orque jamais documenté : une technique de « percussion » où deux orques coordonnent leurs mouvements pour pulvériser la carcasse d’un poisson-lune en milliers de fragments.
Publiée dans Frontiers in Ethology, cette découverte relance le débat sur l’intelligence et les capacités de planification de ces cétacés.
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Photo: Animalwildlife90/Shutterstock
Nathalie Valmont – 25 juillet 2026
Dans le golfe de Californie, au Mexique, des scientifiques viennent de documenter un comportement de chasse — ou de jeu — totalement inédit chez les orques.
La scène, aussi spectaculaire que déroutante, vient d’être publiée dans la revue Frontiers in Ethology et fait déjà le tour du monde, relayée notamment par CNN, CBC News et ABC News.
Une technique jamais décrite : le « ram-to-fragment »
Tout commence par une prise étonnamment délicate : une orque femelle saisit un poisson-lune à queue pointue (Masturus lanceolatus) par son clavus, cette pseudo-queue tronquée caractéristique de l’espèce.
Elle maintient presque immobile devant elle cet animal impressionnant, qui peut peser jusqu’à deux tonnes.
(Vidéo : Kathryn Ayres, Beneath the Waves)
Orcas’ hold-to-ram behavior in the Gulf of California – YouTube
Puis, au moment précis où elle relâche sa prise, une seconde orque fonce à pleine vitesse et percute le poisson de plein fouet.
Le choc est si violent qu’il pulvérise littéralement les tissus de l’animal, les brisant en milliers de fragments qui se dispersent dans l’eau comme des confettis.
Les chercheurs ont nommé cette séquence en deux temps : la prise, ou « hold », suivie du choc, le « ram » — d’où le nom donné à l’ensemble du comportement dans l’étude, « ram-to-fragment » (littéralement « percuter jusqu’à fragmentation »).
Deux épisodes de ce type ont été filmés à plus d’un an d’écart, près de San José del Cabo, en Basse-Californie du Sud — d’abord en juillet 2024 par la chercheuse Kathryn Ayres (ONG Beneath the Waves), puis à nouveau en septembre 2025 par un autre opérateur touristique.
Un rituel de boucherie plutôt qu’une technique de chasse
Détail crucial : le poisson-lune était déjà mort avant l’impact.
Les orques avaient tué l’animal et retiré ses organes internes bien avant la fameuse collision.
Le « ram-to-fragment » ne sert donc pas à tuer, mais à découper une carcasse autrement difficile à entamer, en morceaux assez petits pour être mangés — un peu comme un parent qui coupe la nourriture en petits bouts pour un enfant.
Autre observation frappante : ce sont surtout les jeunes orques présentes qui se nourrissent des fragments dispersés, tandis que les adultes s’attaquent au plus gros morceau resté intact.
Jeu, pédagogie… ou les deux ?
Pour les chercheurs, cette prouesse ne doit rien au hasard.
Elle exige une synchronisation millimétrée, une communication acoustique entre les deux orques et une véritable planification collective.
Selon Erick Higuera, biologiste marin coauteur de l’étude, cela démontre que les orques sont capables de se représenter mentalement une tâche complexe à plusieurs étapes.
Deux hypothèses, non exclusives, sont avancées :
- Une fonction nourricière : faciliter l’accès à la nourriture pour les plus jeunes de la communauté.
- Une forme de jeu : les orques sont déjà connues pour « jouer » avec leurs proies, et l’énergie déployée pourrait aussi simplement être gratifiante sur le plan social.
Ce qu’il faut retenir
Au-delà de son caractère spectaculaire, cette découverte illustre à quel point le comportement des orques reste largement méconnu, même après des décennies d’observation.
La coordination millimétrée entre les deux animaux, la communication acoustique nécessaire et la capacité à planifier une séquence à plusieurs étapes rappellent que ces cétacés comptent parmi les prédateurs les plus intelligents de l’océan.
Reste une question ouverte : ce comportement est-il propre à cette population du golfe de Californie, ou existe-t-il ailleurs sans avoir encore été observé ?
Les chercheurs eux-mêmes le reconnaissent — la multiplication récente des caméras sous-marines et du tourisme d’observation pourrait autant révéler de nouveaux comportements que simplement en capter davantage.
Nathalie Valmont
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