Un an et demi après les premières Assises environnementales de la course au large, la Fédération Française de Voile continue de sensibiliser et de mobiliser tous les acteurs de la discipline.
Entre objectifs chiffrés, actions collectives concrètes et nouveaux rendez-vous, la transition écologique s’impose comme un enjeu structurant pour l’avenir de la course au large.
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Toutes les classes s’engagent pour tenir les objectifs fixés par les Accords de Paris.
Des ateliers se tiendront en marge de la Transat Café L’Or pour travailler sur une feuille de route de réduction de l’empreinte carbone. | JEAN-MARIE LIOT / ALEA
Voiles et Voiliers Publié le 17/10/2025 à 11h00
Course au Large 2030 : un cap plus vert pour une discipline en pleine mutation
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Le 8 décembre 2023, la Maison de la Radio, à Paris, accueillait les premières Assises de la Course au Large 2030 (CAL 2030).
Près de cent acteurs de la filière (skippers, organisateurs, architectes, chantiers et sponsors) avaient répondu présent pour imaginer et tracer les grandes lignes d’une trajectoire écologique commune.
L’initiative s’appuie sur une étude d’impact globale et chiffrée de la course au large, réalisée par des experts.
Elle a permis de modéliser les actions nécessaires pour aligner la discipline sur les objectifs de l’accord de Paris, de mesurer l’ampleur des efforts à engager et d’identifier les leviers les plus efficaces pour réduire l’impact du secteur.
De cette rencontre est née une ambition forte : réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % d’ici 2030, avec un objectif menant à -90 % en 2050, en cohérence avec l’Accord de Paris qui, pour rappel, a été adopté en 2015 et vise à limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 °C.
Quatre axes et des actions déjà tangibles
La première édition des Assises de la course au large a permis de dégager quatre piliers structurants : biodiversité, pratiques, rayonnement et gouvernance.
Depuis, les classes se sont engagées sur des mesures concrètes.
Ainsi, la classe Ultim a notamment lancé une étude approfondie des interactions avec les cétacés.
« Nous avons également donné le coup d’envoi d’un programme RSE ambitieux il y a près de deux ans en réalisant dans un premier temps une étude d’impact détaillée de notre activité, indique Samuel Tual, le président de la classe Ultim.
Cela nous a permis d’identifier les principaux axes de progrès sur lesquels nous étions en mesure d’obtenir des résultats significatifs à court terme.
Nous entrons à présent dans une phase opérationnelle avec la concrétisation de 3 projets qualifiés de prioritaires par l’ensemble des équipes de la classe Ultim : traitement et valorisation des déchets ; qualité de vie et sécurité des collaborateurs et prestataires sur les chantiers ; recherche de matériaux alternatifs pour réduire notre empreinte carbone.
Nous serons en mesure de présenter des bilans complets dans quelques mois.
Dans l’univers ultra-concurrentiel dans lequel nous évoluons, je suis rassuré de constater que l’intérêt général guide nos travaux dès lors qu’il s’agit de réfléchir collectivement aux moyens de protéger l’environnement. »
La classe Imoca en locomotive de la transition durable
De son côté, l’Imoca a inauguré son Ecoscore et instauré un objectif de réduction d’impact minimale de 60 tonnes de dioxyde de carbone pour tous les nouveaux 60 pieds construits entre 2025 et 2028.
« Depuis 2018, notre classe joue un rôle moteur dans la transition durable de la course au large, rappelle Antoine Mermod, président de la classe Imoca.
Nos innovations et notre lien fort avec la communauté témoignent de notre engagement : première classe à imposer une règle de réduction d’impact alignée sur les Accords de Paris, nous avons également lancé la première certification environnementale dédiée aux voiles.
Notre travail promeut la durabilité individuelle de nos équipes grâce à un programme scientifique florissant en partenariat avec l’Unesco-COI et à un programme visant à intégrer davantage de femmes dans le monde de la course au large.
Engagés depuis 2023 dans l’initiative Course au Large 2030, nous partageons activement nos avancées et retours d’expérience.
Nous sommes ravis de continuer à contribuer à cette dynamique collective, tournée vers l’avenir. »
LIRE AUSSI : Quel futur pour la course au large ? Les pistes de réflexion pour un sport plus vertueux
Décroissance planifiée au sein de la classe Mini
« Au sein de la classe Mini, lors de notre assemblée générale en décembre 2023, nous avons mis en place une règle de décroissance planifiée sur quatre ans, fait remarquer Romain Bigot, président de la classe Mini.
Elle vise à plafonner le nombre de bateaux neufs et à le diminuer progressivement.
En 2024, nous avons limité le nombre de bateaux neufs à 25 unités, cela correspond à ce qui est fabriqué chaque année, cela n’a donc pas changé la vie des chantiers.
Depuis cette année nous diminuons de 20 % ce chiffre jusqu’à 2027.
C’est-à-dire qu’il y a d’abord eu un plafonnement avant d’amorcer une réduction.
C’est un virage dans le sens où nous mettons pour la première fois une limite, mais ce virage est très progressif.
Nous avons pris cette décision car tous les deux ans, cinquante nouveaux bateaux de série étaient mis à l’eau, c’est-à-dire que nous renouvelions intégralement la flotte qui participait à la Mini Transat tous les deux ans.
Nous n’avons pas regardé pour les autres classes mais cela nous paraissait beaucoup.
Comme nous avons voté dans les statuts que nous nous engagions à avoir une pratique plus respectueuse de l’environnement et une diminution de la production de CO2, cette décision rentre dans cette politique. »
Ocean Fifty : des résultats déjà tangibles
De son côté, la classe Ocean Fifty a instauré un numerus clausus pour encadrer la flotte et la Class40 a lancé la réalisation de son bilan carbone, dont les résultats ont été avantageusement restitués en mai dernier.
Au-delà des classes, de nombreux acteurs du secteur — chantiers, architectes, organisateurs de courses, institutions — ont également engagé des actions pour commencer à réduire leur impact environnemental.
Autant d’initiatives qui démontrent que la dynamique est d’ores et déjà amorcée, sous l’impulsion de la Fédération Française de Voile, mais sous l’autorité des classes et des organisateurs qui sont aux avant-postes de cette transition.
LIRE AUSSI : ENTRETIEN. « La Class40 est la bonne élève de la course au large en matière d’empreinte carbone »
Un rendez-vous au Havre en octobre 2025
Cette mobilisation sera de nouveau mise en lumière au Havre, le 21 octobre prochain à 14 heures, dans l’amphithéâtre de l’ENSM.
En marge du village départ de la Transat Café L’Or Le Havre Normandie (anciennement Transat Jacques Vabre), un atelier consacré au « Diagnostic Sponsors » réunira les acteurs économiques et institutionnels.
Ce rendez-vous s’inscrit dans un calendrier fort : du 17 au 25 octobre, le village départ de la Transat accueillera animations et conférences autour de la décarbonation, de l’éco-conception, de la biodiversité et de l’économie circulaire, avant le grand départ prévu le 26 octobre.
Assises acte II en 2026
La Transat Café L’Or rassemblera cette année 74 bateaux et 148 marins, dont 18 femmes et des représentants de 15 nationalités.
La répartition illustre la diversité et la vitalité de la discipline : 4 Ultim, 10 Ocean Fifty, 18 Imoca, et 42 Class40.
Un plateau qui confirme – si besoin en était encore – l’attractivité de la course au large, désormais indissociable des enjeux environnementaux.
Mais si les premières Assises environnementales de la course au large ont posé les fondations, la route reste encore longue et les obstacles nombreux.
La Fédération Française de Voile prépare déjà une deuxième édition des Assises en 2026, après celles de 2023 et donc les ateliers la semaine prochaine.
Course au large FFVoile-Fédération Française de Voile
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