
Mercredi 29 juillet 2026 Par Arnaud Le Gall
S’entraîner dur. Un passage obligé pour progresser dans un sport. Attention toutefois à ne pas trop en faire.
Dans les cas extrêmes, les sportifs peuvent développer une rhabdomyolyse aiguë d’effort.
Le risque est suivi de très près par l’armée américaine qui a enregistré plus de 500 cas dans ses rangs en 2025.
Repousser ses limites, aller au-delà de la souffrance, tenir avec le mental quand les muscles ne suivent plus.
Dans la plupart des sports, ces phrases sont répétées comme des mantras pour améliorer les performances et obtenir des résultats. Ce n’est pas le cycliste Mathieu van der Poel qui dira le contraire.
Le Néerlandais a remporté la dernière étape du Tour de France au bout de l’effort, s’écroulant après avoir réussi à devancer ses concurrents de quelques centimètres.
« La douleur ne te dit pas quand tu dois t’arrêter.
La douleur est la petite voix dans ta tête qui essaie de te retenir, parce qu’elle sait que si tu continues, tu vas changer », écrivait encore le basketteur Kobe Bryant, connu pour son exigence sans limite.
Si le jeu en vaut souvent la chandelle, l’effort très intensif n’est pas sans risque.
Dans des cas extrêmes, les muscles peuvent être atteints. C’est la rhabdomyolyse d’effort.
Il s’agit « d’une affection dans laquelle les muscles squelettiques se dégradent, libérant des protéines et des électrolytes dans la circulation sanguine, ce qui peut mettre en danger des organes comme le cœur et les reins », présente National Geographic.
Elle peut être bénigne, mais est potentiellement mortelle, précise une publication de 2024, dans La Revue de Médecine Interne.
Du CrossFit® à l’armée
Bien que rare, le phénomène est documenté.
Le cas le plus emblématique est probablement celui de l’équipe universitaire de football américain de l’Iowa, en 2011.
Après un entrainement particulièrement difficile, à base de squats, treize joueurs avaient dû être hospitalisés, rapporte le site d’actualités sportives ESPN.
Toujours aux États-Unis dans les années 2010, des médecins ont constaté une récurrence des rhabdomyolyses d’effort chez les pratiquants de Cross training (CrossFit®), une discipline qui mêle musculation et cardio.
Mais de la natation à l’Hyrox®, d’autres activités ont conduit des sportifs aux urgences.
« Parmi les cas les plus extraordinaires, citons celui d’un patient qui a passé beaucoup de temps à jardiner, et celui d’un autre qui a joué de la batterie avec un enthousiasme débordant pendant des heures », liste Tamara Hew-Butler, chercheuse en performance sportive à l’Université Wayne State, interrogée par National Geographic.
Le risque est également très suivi au sein de l’armée américaine, réputée pour ne pas lésiner sur l’entraînement physique, y compris dans des environnements chauds, ce qui jouerait un rôle.
« Au total, 521 cas ont été recensés au sein des forces armées américaines en 2025, soit un taux d’incidence brut de 39,7 cas pour 100 000 personnes par année », affiche le service de santé de l’armée, qui note que ce chiffre est stable par rapport à 2024, mais plus élevé que les années précédentes.
« La rhabdomyolyse d’effort représente une menace sérieuse pour les militaires, pouvant limiter leur efficacité opérationnelle et les exposer à des blessures graves. »
Dans le sport amateur, les statistiques sont en hausse, selon le Centre médical universitaire Radboud, aux Pays-Bas.
Une trajectoire qui pourrait s’expliquer par de meilleurs diagnostics, mais aussi par l’influence des défis d’endurance et de fitness sur les réseaux sociaux.
Efforts brutaux et excentriques
Car parmi les éléments déclencheurs présumés, outre l’intensité de l’effort, les médecins évoquent le fait d’augmenter trop vite les charges d’entraînement.
Les exercices excentriques intenses, par exemple les phases de descente sur une pompe, un squat ou une traction, seraient les plus à risque.
Le Dr Darrell Menard, médecin du sport, liste d’autres facteurs sur site du gouvernement canadien : « Temps chaud ou humide, antécédents de blessures liées à la chaleur, déshydratation, consommation excessive d’alcool, consommation de stimulants, certains médicaments, par exemple les statines, infections, maladies tel le diabète ».
Comment reconnaître les symptômes ?
Le conseiller en médecine sportive précise par ailleurs qu’il est possible de déceler les signes avant-coureurs.
Il conseille d’aller consulter au plus vite si plusieurs de ces symptômes sont observés : douleur musculaire excessive, faiblesse, urine foncée, grande fatigue, nausée et vomissement, fièvre, fréquence cardiaque accrue.
« Si vous êtes aux prises avec une rhabdomyolyse d’effort, sachez que plus tôt vous obtenez des soins, meilleures sont vos chances de rétablissement », indique-t-il.
De son côté, l’armée américaine sensibilise son encadrement et adapte ses méthodes, pour mieux protéger ses soldats.
« Le risque de développer une rhabdomyolyse d’effort peut être réduit par une attention particulière aux conditions environnementales, une évaluation du niveau de forme physique des troupes, un entraînement progressif avant les séances plus intenses, le respect des ratios effort/repos recommandés et d’une hydratation adéquate, notamment par temps chaud et humide, ainsi que par une reconnaissance rapide des symptômes par les commandants. »
Des biomarqueurs à suivre
En mai 2025, le Centre Neuromusculaire Européen (ENMC) a émis des recommandations à destination des soignants, mettant l’accent sur la prévention des complications rénales.
Le suivi du taux de créatine kinase, une enzyme qui témoigne d’une fatigue musculaire lorsqu’elle est présente en grande quantité, peut aider à poser le diagnostic de cette pathologie qui était encore méconnue il y a quelques années.
En mars 2026, une publication scientifique suédoise a rendu des conclusions proches, recommandant de suivre aussi le taux de myoglobine, dont une présence élevée indique une lésion ou une destruction des cellules musculaires.
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