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Les Ocean Fifty conquerront-ils le public et les sponsors que les Figaro Beneteau sur la Solitaire ? | VINCENT OLIVAUD
Voiles et Voiliers – Laurène Coroller
Publié le 23/07/2026 à 15h14
BILLET. La course au large peut-elle réellement devenir un spectacle ?
Certains ont pensé à un poisson d’avril.
Vendredi 17 juillet, OC Sport Pen Duick a annoncé qu’à partir de 2028, La Solitaire du Figaro ne se courrait plus en Figaro Bénéteau 3 mais en Ocean Fifty.
Si la classe des trimarans de 50 pieds y voit une nouvelle opportunité médiatique, le petit milieu de la voile se scandalise de cette décision qui, selon l’organisateur, était inéluctable pour la survie d’un événement qui doit trouver un plus large public.
Taiseux de réputation, les marins font aujourd’hui entendre leur voix. Et pour cause.
Depuis l’annonce — tonitruante — du changement de support sur La Solitaire du Figaro à partir de 2028, les commentaires sont quasi unanimes et sans détour.
« Incompréhensible, impensable, stupide… » Les adjectifs et les questionnements ne manquent pas.
Comment OC Sport Pen Duick, filiale d’OC Sport pour les événements océaniques, organisateur de la course depuis près de 20 ans et pour encore les 15 prochaines années, a-t-il pu prendre cette décision — actée en concertation avec le Groupe Figaro, propriétaire de l’épreuve — de remplacer les Figaro 3 par des Ocean Fifty ?
Passer du monocoque monotype au trimaran prototype : de mémoire de course au large, on n’avait jamais vu un tel grand écart.
La raison invoquée est simple et économique.
Oui, le sport fonctionne grâce aux financements de partenaires majoritairement privés, et la voile, bien qu’à l’écart sur bien des aspects, n’échappe pas à la logique financière.
Sans ce changement de support, Joseph Bizard, directeur général d’OC Sport Pen Duick, assure dans nos colonnes ce vendredi que la course créée en 1970 était condamnée à disparaître.
Pourtant, avec 37 skippers au départ de l’édition 2026, difficile de croire que l’épreuve semblait « à bout de souffle ».
Selon le triple vainqueur de La Solitaire, Nicolas Lunven, les difficultés que connaît l’épreuve reine de la course au large seraient plutôt de la responsabilité de son organisateur, et plus encore : « l’aboutissement d’un sabotage qui dure depuis plusieurs années. »
Lire aussi : ENTRETIEN. Surprise ! Dès 2028, La Solitaire du Figaro se courra… en Ocean Fifty : l’organisateur s’explique (1/2)
Après deux saisons tournées et diffusées sur Canal+ Sport, les audiences ne sont pas au rendez-vous.
Une voile plus spectaculaire : voilà ce que souhaite proposer OC Sport Pen Duick avec des trimarans de 50 pieds en remplacement des Figaro Beneteau 3 qui, malgré la présence de foils, offrent des images un peu moins « époustouflantes » qu’un trimaran lancé pleine balle sur un patin.
« On ne cherche plus, quand on vient sur un événement, à simplement voir des bateaux ; on cherche à être diverti » pense Joseph Bizard.
Mais voilà, ce spectacle a déjà été proposé lors des deux premières saisons du Pro Sailing Tour, nouveau nom donné en 2021 au circuit des Multi 50 (rebaptisé Ocean Fifty, avec l’accent s’il vous plaît).
À l’époque, Julien et Édouard Mauriat, directeurs de la société de production de documentaires Upswing Prod, prennent en charge l’organisation du circuit des Ocean Fifty car ils y voient le potentiel télévisuel pour en faire une série.
Après deux saisons tournées et diffusées sur Canal+ Sport, les audiences ne sont pas au rendez-vous et les deux frères se retirent en 2024, laissant la classe organiser seule ses événements.
Alors, que va bien pouvoir proposer La Solitaire du Figaro version 2.0 avec onze bateaux (voire un peu plus si des sponsors décident de mettre la main au portefeuille) dont les budgets de fonctionnement annuels ne sont pas bouclés pour au moins quatre d’entre eux ?
Une Solitaire version Grand Prix ?
Il faut s’inspirer de SailGP, circuit international de F50 (catamarans à foils), nous dit encore Joseph Bizard.
Si l’on prend exemple sur ce modèle créé en 2018 qui commence tout juste à trouver son public, rappelons que c’est grâce à l’investissement pharaonique du milliardaire Larry Ellison et de Russell Coutts.
Quelles sont les audiences d’un tel circuit en France ?
Difficile d’avoir des chiffres, mais ce qui est sûr, c’est que les villes-étapes qui finançaient jusqu’à présent une majeure partie de La Solitaire du Figaro sont loin de pouvoir s’aligner sur le nombre de zéros investis dans le modèle américain.
Les Ocean Fifty sont d’incroyables plateformes pour les Grand Prix qui permettent facilement d’embarquer du public et des sponsors à bord.
Des événements qui existent déjà depuis des années (rappelons-nous l’époque des Orma) et qui sont loin d’attirer des foules et les villes pour les accueillir.
La Solitaire arrivera-t-elle à faire mieux ?
La course au large est une exception à la française qui peine à attirer son public.
Pourtant, les marins, les histoires et les talents sont là.
Y compris à bord de monocoques durs, exigeants, mais si formateurs en matière de météo, de réglages, de choix tactiques ou de gestion physique que sont les Figaro.
Il n’y a qu’à écouter les interviews des skippers à leur arrivée du Vendée Globe.
Leur tourner le dos dans la période de crise que l’on connaît aujourd’hui sonne le glas de la classe Figaro, qui devra réinventer une course à la hauteur de la virtuosité de ses skippers.
Elle pourra en tout cas compter sur le soutien de la Fédération Française de Voile qui s’y est engagé.
Les financements seront néanmoins plus dilués avec un nouvel événement.
Serait-ce la fin d’une ère où la rentabilité serait devenue le seul maître mot face à l’histoire et la culture de la voile ?
Gageons en tout cas qu’avec cette nouvelle page, tout le monde risque d’y perdre des plumes.
Paprec, partenaire de la Transat en double et de la Solitaire du Figaro depuis 2022, a déjà choisi de se mettre fin à son partenariat avec OC Sport.
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