Illustration du nerf vague reliant le cerveau à l'intestin (STEPHANIE BERLU / FRANCEINFO)

Article rédigé parThomas Sellin – Radio France Mis à jour le 27/03/2025 08:05

Illustration du nerf vague reliant le cerveau à l’intestin (STEPHANIE BERLU / FRANCEINFO)

« 80% de nos cerveaux sont dénutris » : comment notre alimentation influence notre santé mentale

Depuis plusieurs années, les scientifiques ont établi le lien entre microbiote intestinal et cerveau.

Dépression, stress, mais aussi maladie d’Alzheimer…

Le docteur Guillaume Fond, chercheur et psychiatre, nous éclaire sur les liens entre notre cerveau et notre ventre, également appelé « deuxième cerveau ».

« Dis-moi ce que tu manges… » C’est tout un univers inexploré qui s’ouvre à la médecine depuis quelque temps : les interactions entre notre cerveau, notre intestin mais aussi notre alimentation(Nouvelle fenêtre).

Depuis plusieurs années, les scientifiques ont établi le lien entre microbiote intestinal et cerveau.

Dépression, stress, mais aussi maladie d’Alzheimer…

Pour mieux comprendre l’impact que peut avoir notre alimentation sur notre santé mentale, franceinfo a posé quelques questions à Guillaume Fond, psychiatre à l’Assistance publique des Hôpitaux de Marseille (APHM).

Il est aussi spécialiste en psycho nutrition, une discipline médicale qui tente de prévenir les troubles psychiques par l’alimentation.

Comprendre le microbiote intestinal

L’élément-clé entre le cerveau et l’intestin, c’est le microbiote intestinal(Nouvelle fenêtre), ces milliards de bactéries qui tapissent l’intestin, l’estomac et le colon.

« Il influence notre cerveau par plusieurs voies, commence le docteur. 

Il y a la protection de la barrière de l’intestin qui va nous servir à filtrer les ‘mauvais aliments’.

Le microbiote va aussi renforcer notre système immunitaire.

Et être en bonne santé immunitaire, c’est être en bonne santé mentale.

Et enfin, la dernière voie, c’est le nerf vague, le plus long nerf de l’organisme qui connecte directement notre intestin et notre cerveau. »

Guillaume Fond, chercheur, écrivain et psychiatre à l'APHM (THOMAS SELLIN / FRANCEINFO) Guillaume Fond, chercheur, écrivain et psychiatre à l’APHM (THOMAS SELLIN / FRANCEINFO)

Le thème du dernier ouvrage de Guillaume Fond – Bien nourrir son cerveau (éditions Odile Jacob) – explore donc l’impact de nos choix alimentaires sur notre cerveau.

« Les troubles mentaux qui ont un lien avec le microbiote sont le stress, l’anxiété, la dépression, les troubles de l’attention, les troubles du sommeil et le déclin cognitif.

Ça fait beaucoup ! » s’exclame le docteur. « Il a été démontré qu’une alimentation riche en produits ultra-transformés a augmenté de 21% le risque de faire une dépression. »

Selon le docteur, notre modèle alimentaire basé sur une grande majorité de produits industriels est au cœur du problème : « 80% de nos cerveaux sont dénutris, lance-t-il.

Si je me lève en étant fatigué, si je manque de motivation, si j’ai des problèmes à me concentrer, si je suis irritable, si je suis sensible au stress, si j’ai des troubles du sommeil, si je rumine beaucoup, c’est souvent déjà le signe que mon cerveau manque de nutriments essentiels. » 

Le bon comportement alimentaire à adopter, selon le psychiatre, est un régime déjà bien connu et cité en exemple depuis les années 1950 : « l’alimentation méditerranéenne », nous confirme le chercheur.

« Une alimentation majoritairement végétale, ça ne veut pas dire végétarien, mais beaucoup de fruits, de légumes et d’oléagineux [graines et fruits secs].

Les nutriments qui ont prouvé une efficacité sur la santé de notre cerveau, ce sont les oméga 3, la vitamine D, la vitamine B9 active et le zinc, un oligo-élément essentiel. » 

Ce régime alimentaire est aussi préconisé par la Fondation Alzheimer  pour tenter de prémunir et de retarder les effets de cette maladie neurologique.

De la poule et de l’œuf

Bien que d’origine génétique, les dernières études scientifiques ont montré que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont tous un microbiote altéré.(Nouvelle fenêtre) La recherche actuelle s’efforce donc de comprendre les relations exactes entre microbiote et maladies neurologiques. « Il a été montré des différences de microbiote entre les enfants qui ont un trouble du spectre autistique et des enfants qui n’en ont pas », explique Guillaume Fond, qui tient quand même à rappeler qu’il faut être prudent et attendre les résultats des études en cours.

Alors que d’autres pays comme les États-Unis, la Suisse ou le Japon sont très avancés sur ce sujet, la prudence reste aussi de mise par l’ensemble du corps médical français. Le lien de causalité et la possibilité d’agir sur le cerveau par « notre ventre » sont encore à confirmer.

En tout cas, pour Guillaume Fond, c’est tout un pan de la médecine moderne qui s’ouvre : « On est en train d’assister à une révolution de la santé mentale. L’alimentation est au cœur de la santé publique puisqu’elle peut permettre de limiter la prescription de médicaments aux effets indésirables. »

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